Togo : Le Père Affognon appelle le Chef de l’Etat au respect de la sacralité de la Vie des enfants » au Togo


Se taire sur une injustice, cela s’apparente à cautionner une autre. C’est ce le

Père Marie Channel Affognon

Père Marie Channel Affognon (Photo L’Union)

Père Pierre Marie Channel Affognon, Directeur Diocésain de l’Enseignement catholique du Diocèse d’Aného ne veut pas faire. Il se démarque et adresse une lettre ouverte au Chef de l’Etat. L’objet, c’est un appel au premier responsable du pays à faire respecter la vie des enfants car sacrée. Il fait référence aux évènements malheureux du 15 Avril dernier à Dapaong. In extenso, la lettre ouverte. Bonne lecture…

Lettre ouverte :

A Son Excellence Monsieur Faure GNASSINGBE,

Président de la République du Togo,

Objet : Appel au respect de la sacralité

de la Vie des enfants de notre très chère Patrie, le Togo

 Excellence,

C’est avec un cœur déchiré et une conscience de prêtre indignée, bousculée et gravement interpellée que je viens m’adresser à vous, à travers votre honorable autorité qui a aussi pour mission d’assurer la sécurité de tous les citoyens togolais dans le respect absolu de la vie de chacun et de tous.

En effet, suite à la mort des deux élèves adolescents et des blessés, survenue à Dapaong par balles réelles et par contusion abdominale, à en croire les journaux, je n’ai plus la force de me taire après avoir célébré des messes pour leur repos en Dieu, le Seigneur de justice et miséricorde, le Dieu des vivants et des morts.

Ce fait horrible, grave, inhumain, intolérable et indigne de nos valeurs traditionnelles et chrétiennes m’oblige à vous adresser cette lettre ouverte. Je vous prie et je vous supplie, très humblement mais avec insistance, de bien vouloir prendre les dispositions idoines qui s’imposent afin que de telles violences des Forces de l’ordre contre des citoyens aux mains nues, cesse immédiatement et définitivement sur la terre de nos aïeux. Je souhaite vivement que des actions concrètes de soutien de différentes modalités soient entreprises officiellement envers les parents et les familles de nos illustres disparus qui portent certainement ce deuil de la façon la plus dramatique.

Excellence,

En fait, un pays qui tue pour un « oui » ou un « non » ses fils ou filles s’oppose gravement au commandement de Dieu qui interdit le meurtre ou l’homicide volontaire. Aussi de tels actes sont-ils des sources de malédiction et pour les auteurs et pour toute la société togolaise. Car Dieu nous dit dans sa Parole d’autorité : « Tu ne commettras pas de meurtre » (Ex. 20,13), puis Il déclare à nouveau : « Tu ne tueras pas l’innocent ni le juste » (Ex. 23,7) et par ailleurs, Il affirme : « Je demanderai compte du sang de chacun de vous (…). Car à l’image de Dieu l’homme a été fait » (Gn. 9, 5-6).

La banalisation du meurtre dans un peuple est une déviation éthico-morale très grave et inadmissible qui expose aux sanctions juridiques et divines. C’est pour cela que l’Eglise catholique enseigne que « la Vie humaine est sacrée (…) personne en aucune circonstance ne peut revendiquer pour soi le droit de détruire directement un être humain innocent » (Catéchisme de l’Eglise catholique n°2258). A juste titre donc, après le meurtre d’Abel par son frère Caïn, Dieu disait à ce dernier « la voix du sang de ton frère crie vers moi. Maintenant donc maudit sois-tu de par le sol qui a ouvert sa bouche pour prendre de ta main le sang de ton frère » (Gn. 4, 10-11).

Excellence,

Si tout était-il mis en œuvre par votre autorité pour que les Forces de l’ordre ne fassent plus couler le sang humain sur notre terre du Togo ? Combien de sang de nos frères et sœurs togolais, dont celui de ces innocents élèves fauchés dans la fleur de l’âge, crie t-il contre nous auprès de Dieu Benit ? Combien de malédictions pour la terre de nos ancêtres ? Le sol togolais n’a-t-il pas régulièrement « ouvert (lui aussi) sa bouche pour prendre de la main » d’autres fils de ce pays le sang de leurs propres frères et sœurs togolais ? Je ne peux plus me taire. Ma conscience de chrétien et de prêtre m’oblige à m’adresser à vous en votre qualité de premier responsable de l’Etat et de la nation togolaise.

Que le Seigneur vous éclaire et vous assiste dans votre noble et délicate mission de protection de la vie de chaque citoyen et de toutes personnes humaines.

Comme vous le savez, l’Eglise catholique dont vous êtes un des sympathisants, pour ne pas dire un de ses fils, enseigne que « les droits inaliénables de la personne humaine devrons être reconnus et respectés par la société civile et l’autorité politique. Les droits de l’homme ne dépendent ni des individus, ni des parents, et ne représentent pas même une concession de la société et de l’Etat ; ils appartiennent à la nature humaine et sont inhérents à la personne en raison de l’acte créateur dont elle tire son origine. Parmi ces droits fondamentaux, il faut nommer le droit à la vie et à l’intégrité physique de tout être humain depuis la conception jusqu’à la mort » (Catéchisme de l’Eglise Catholique n° 2273) « Le meurtre d’un être humain est gravement contraire à la dignité de la personne et à la sainteté du Créateur » poursuit le même document. Je tiens donc à réaffirmer de toutes mes forces, en ma qualité de prêtre de Jésus-Christ, cette vérité que l’Eglise Catholique Romaine enseigne au n°2320 de son catéchisme.

Excellence,

« Les joies et les espoirs, les tristesses et les angoisses des hommes de ce temps, des pauvres surtout et de tous ceux qui souffrent, sont aussi les joies et les espoirs, les tristesses et les angoisses des disciples du Christ (…) » (VATICAN II, Gaudium et Spes. n° 1§1). C’est fort de cette vérité issue du Saint magistère du Concile Vatican II que je vous adresse cette lettre. Dans l’impossibilité de vous joindre personnellement et directement, j’ai choisi ce moyen pour m’adresser à vous en toute humilité et dans le respect dû à votre fonction de Président de la République. Nous le savons tous avec le Psalmiste que « si Dieu ne bâtit la maison en vain peinent les bâtisseurs ; si Dieu ne garde la ville en vain le garde veille… » (Ps 127,1-2). Mais comment Dieu pourrait- il bâtir avec nous notre très chère patrie le Togo, quand la vie humaine et sa dignité semblent être régulièrement bafouées, violées et détruites sans raisons valables, par ceux là même qui ont reçu mission de l’Etat de nous protéger en leur qualité de « de forces de sécurité » ?

Que l’Eternel bénisse le Togo, vous-même et vos collaborateurs, en vue d’un changement profond dans les choix sociopolitiques au Togo en faveur de la protection des personnes et de leurs droits inaliénables de la personne humaine dont le droit au respect de la dignité humaine et le droit à la vie. Amen.

Que le Seigneur de Justice, vous assiste, vous éclaire et vous rende docile à sa volonté qui est en réalité, un projet de bonheur et de prospérité pour le peuple togolais, qu’il a confié à vos soins et de qui Il vous demandera des comptes.

Dans l’espoir que mon cri parviendra à vos oreilles et que mon initiative sera accueillie favorablement comme une démarche spirituelle et morale qui n’a rien à voir avec les tendances politiques de l’heure, veuillez recevoir monsieur le Président de la République, l’expression de mes sentiments les plus distingués.

Père Pierre Marie Chanel AFFOGNON

Directeur Diocésain de l’Enseignement catholique

Diocèse d’Aného

BP : 85 Aného

Tél : 23 31 08 93

E-mail : paffognon@gmail.com

Aného, le 22 Avril 2013

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