LES NATIONALISTES TOGOLAIS

Dr Hospice Coco

Dr Hospice Coco

Dr Hospice COCO : Un exceptionnel modèle de probité et de fidélité à un idéal

 

 

Le docteur Hospice Imoru Dominique Abou COCO fut un exceptionnel modèle de probité sur tous les plans : professionnel, politique, personnel et bien d’autres.

 Il dit ceci dans son autobiographie :

 « « Sylvanus OLYMPIO je témoigne ! »

 Le Togo est mon pays. Du sang togolais coule dans mes veines. J’y vis depuis 1923. Je lui ai consacré tout mon enthousiasme et an ai retiré les précieuses satisfactions d’une carrière dont la finalité est le bien du prochain. J’ai participé aux luttes de son peuple.  

 J’y ai assumé de hautes responsabilités politiques. Je veux lui témoigner ma gratitude. Au moment où certains s’évertuent à vouloir ré-écrire son histoire à coups de falsification, ma gratitude se veut témoignage de la vérité. 

Le Togo est mon pays

 Je suis né le 18 mai 1902 à Cotonou, de Abou Dominique Coco et de Agnès Gustave Haussmann. Cotonou était alors une ville cosmopolite dès le début et où dominaient alors les ethnies fon, popo et mina. Parmi ces derniers, figuraient des représentants de familles renommées d’Aneho et de Porto-Seguro (Agbodjan, Ajavon, Akue, d’Almeida, Creppy, Domlan, Gaba, Houedakor, Johnson, Mensah, etc), qui occupaient de hautes fonctions principalement dans le commerce (agence, gérance, boutique). Il y avait aussi de nombreuses familles d’employés de tous genres et d’ouvriers hautement qualifiés.

 Leurs enfants, nos camarades de classe, nous répétaient les propos qu’échangeaient leurs parents sur les merveilleuses réalisations de la colonisation allemande à Lomé et à Aneho. Notre juvénile enthousiasme était, cependant, un peu tempéré par le récit des châtiments corporels (25 coups de fouet sur les fesses) qui sanctionnaient les délits mineurs.

 Par ailleurs, mon papa Abou Dominique Coco, contremaître au wharf de Cotonou, était chargé du recrutement bisannuel des cannotiers assurant le déchargement et l’embarquement des passagers et des cargaisons des bateaux. Et pour ce, il se rendait tous les six (6) mois à Grand-Popo et il lui arrivait, de temps en temps, de pousser jusqu’à sa ville natale Aneho, pour rendre visite à ses cousins maternels Domlan, Gaba, Ajavon, etc. A son retour, il ne manquait pas de faire à ses amis le récit de son voyage que nous écoutions attentivement.

 Mon père Abou Dominique Coco naquit à Aného au quartier Manyan vers 1872 d’un père yoruba et d’une mère née Domlan. Mon grand-père paternel Assani naquit à Oyo (Nigeria) de Ali-Dodo Ndawa descendant direct du royaume yoruba d’Oyo. Pour ne pas entrer en concurrence avec leur père, Assani et son frère jumeau Osseni durent s’expatrier à Accra (Gold Coast). Mon grand-père Assani vint ensuite s’installer à Aného chez le prêtre-féticheur Amavi Domlan dont il épousa plus tard l’aînée des filles, Amêlé, mère de Abou Dominique Coco.

 Ma mère Agnès et son frère cadet Gustave Baruncio sont nés de Jérôme Gustave Haussmann et de Wlanvi Zossoungbo du quartier Sogbadji à Ouidah (Dahomey aujourd’hui Bénin). Mon grand-père maternel Jérôme était fils unique, au Dahomey, du baron Gustave Haussmann qui aurait été un négrier.

 C’est pour mieux connaître le pays natal de mon père que je suis venu servir au Togo qui me faisait tant rêver quand j’étais jeune. 

Au service de la nation togolaise

 1°) – Sur le plan professionnel : 

 « Sorti major de la première promotion de l’Ecole de Médecine de Dakar, j’avais le droit de choisir la colonie ou le territoire de mon affectation.

 J’optai pour le Togo, alors territoire sous-mandat de la France, par le besoin de resserrer les liens familiaux et de vivre les fascinations des images de ce pays reçues en mon enfance. Je débarquai à Lomé le 25 janvier 1923. J’ai pris fonction le 20 février 1923 à Atakpamé. »

 Le Docteur Hospice Dominique Coco a été et demeure une figure légendaire parmi les anciens élèves de l’Ecole Africaine de Médecine et de Pharmacie de Dakar.

 C’est ainsi qu’il avait été invité à présider, le 27 juin 1953, aux côtés du fondateur de l’Ecole Africaine de Médecine et de Pharmacie de Dakar, le médecin général Le DANTEC, la sortie de la 32e et dernière promotion de cet établissement qui avait formé 501 médecins et 56 pharmaciens sans compter les très nombreuses sages-femmes et infirmières visiteuses. 

 2°) – Sur le plan politique :

 a) – Mes débuts politiques :

 « Succombant aux chimères de la politique coloniale d’assimilation, je postulai la nationalité française pour pouvoir jouir des droits et liberté des citoyens français. J’obtins ma naturalisation en 1929 (Décret du 29 novembre 1929).

 Mais, je n’en suis pas resté moins africain dans l’âme. C’est pourquoi tout ce qui advenait à mes compatriotes africains m’intéressait. Aussi, ai-je été révolté par la conclusion injuste et cynique de la Conférence de Brazzaville qui eut lieu du 30 janvier au 8 février 1944. Définissant les fins de l’entreprise coloniale française, la Conférence a proclamé « qu’il s’agit d’amener les indigènes à administrer progressivement leurs propres affaires, mais en aucun cas il ne saurait être question de self-government, d’autonomie interne ni, à plus forte raison, d’indépendance ».

 Dans le même temps où des Maghrebins, des Africains, des Malgaches et des Indochinois payaient de leur vie la conquête de l’indépendance et de la liberté de la France pour l’arracher à la dictature nazie, les colonialistes qui, eux, se prélassaient tranquillement en Afrique, sous prétexte de conserver l’empire colonial, décidaient froidement, en janvier 1944 à Brazzaville, que ces mêmes Maghrebins, Africains, Malgaches et Indochinois n’accèderaient jamais à l’indépendance dans leurs propres pays.

 Je me lançai dans la politique, d’une part, avec Sylvanus Olympio, dont par ailleurs j’étais le médecin de famille, et les nationalistes togolais et, d’autre part, avec un noyau de dahoméens (actuels béninois) qui œuvraient pour le mieux-être de leur pays. Ce groupe était composé de : Augustin Azango, Boniface de Campos, Victor Patterson, Emile Derlin Zinsou, Sourou-Migan Apithy… pour ne citer que les principaux.

 C’était avec ce groupe que les togolais s’étaient associés pour faire le choix des deux premiers députés aux Assemblées constituantes françaises de 1945 et de 1946 : le Révérend Père Aupiais pour le Premier Collège, Citoyen français, et Sourou-Migan Apithy pour le Deuxième Collège, Indigène.

 Lors de l’élection des députés à la première Assemblée nationale française instituée par la Constitution de 1946, le Togo devait élire ses propres députés : M. Siaut pour le Premier Collège et le Docteur Aku pour le Deuxième collège.

 L’élection, en 1947, des membres de la première Assemblée représentative du Togo vit la victoire de la liste nationaliste conduite par Sylvanus Olympio tant pour le Premier Collège que pour le Deuxième.

 L’Assemblée représentative comportait quatre commissions : les commissions administrative, budgétaire et sociale, qui se réunissaient pendant le cours de l’Assemblée plénière et une commission permanente qui siégeait pendant les vacances de l’Assemblée.

 Sylvanus Olympio fut élu président de cette Assemblée. J’y étais élu parmi les membres du Premier Collège. Je fus rapporteur de la commission du budget et, beaucoup plus tard, président de la commission permanente par suite des nombreuses occupations et des empêchements de Sylvanus Olympio. Cela dura de 1947 à 1951. 

 b) – Représailles contre ma personne :

 « Ma participation à la lutte du peuple togolais pour la liberté et l’indépendance aux côtés de Sylvanus Olympio et des nationalistes constituait, il faut le reconnaître, un affront à l’administration française et ne pouvait demeurer trop longtemps impunie.

 Il fallait se débarrasser de moi. L’administration coloniale profite d’un congé dont je bénéficiais pour décider de ma mutation après trente ans de service ininterrompu au Togo. Par arrêté ministériel du 23 mai 1953, j’étais remis à la disposition du Haut Commissaire de la République en AOF qui allait m’affecter par la suite au Dahomey (aujourd’hui Bénin) par l’état d’affectation du 13 juin 1953.

 Ma mutation hors du Togo avait expressément été demandée par le Haut Commissaire de la République au Togo, le Gouverneur Péchoux, surnommé « le spécialiste de la répression coloniale ».

 Le motif invoqué a été : manque de respect et tenue de propos injurieux – sans autres précisions – à l’égard du Haut Commissaire Péchoux, alors chef du territoire…

 Qu’on en juge. A l’époque, trois postes de médecin africain étaient définitivement vacants au Togo…

 Devant cette injustice flagrante, je refusai de rejoindre mon nouveau poste et, pour éviter toute tracasserie administrative, je démissionnai du cadre des médecins le 6 novembre 1954 pour pouvoir ouvrir un cabinet privé… A l’époque, je ne pouvais prétendre à une retraite anticipée.

 Mes fonctions de ministre des Finances et des Affaires Economiques dans le gouvernement togolais me fournira l’occasion de constater que mon indice salarial était encore inférieur à ceux de tous mes collègues plus jeunes dans la carrière : leurs indices variaient de 2 310 à 2 650 alors que mon indice à moi était de 2 090 pour trente trois ans cinq mois et vingt-quatre jours de carrière.

 Je considérai cela comme un hommage rendu à ma qualité de combattant de la liberté… 

 c) – Au gouvernement :

 « Après la victoire des nationalistes aux élections législatives du 27 avril 1958, placées sous le contrôle des Nations Unies, Sylvanus Olympio fut pressenti par le Gouverneur Spénale, Haut Commissaire de la République française au Togo, pour devenir le Chef du gouvernement du Togo.

 En formant son cabinet, Sylvanus Olympio me demanda d’en faire partie. Pour moi, la victoire des nationalistes devait inévitablement conduire à l’indépendance le Togo et, par voie de conséquence, les autres colonies françaises.

 Ainsi mon souhait le plus cher serait réalisé. Je ne croyais plus avoir un rôle politique à jouer dans ce pays. Par ailleurs, mon cabinet médical privé était en plein essor et il me faudrait abandonner toute une vaste clientèle qui avait confiance en moi.

 Mais après avoir mûrement réfléchi, et surtout à cause de notre longue et vieille amitié, j’acceptai de continuer la lutte avec lui. Je fus donc nommé ministre du Commerce et e l’Industrie, du Plan et du Développement, de 1958 à 1961…

 En 1961, soit un an après l’indépendance du Togo, la confiance de Sylvanus Olympio me plaça à un poste clé dans son gouvernement : je fus nommé ministre des Finances et des Affaires Economiques.

 J’optai pour la nationalité togolaise le 15 septembre 1961.

 Farouchement décidé à consolider l’indépendance du Togo, Sylvanus Olympio s’était attaché à conduire son pays à l’autonomie financière, garantie de la liberté de ses options politiques et diplomatiques, garante aussi de l’orientation de ses investissements dans l’intérêt national.

 Dans cette orientation, il géra les finances publiques avec une rigueur et une austérité qui permirent rapidement d’autofinancer les dépenses de fonctionnement de l’appareil étatique, mettant fin à l’humiliante pratique de recours aux subventions de l’ex-puissance administrante tout en libérant des ressources pour le budget d’équipement et d’investissement.

 L’œuvre devait être couronnée par l’institution d’une monnaie nationale togolaise : le franc togolais.

 Sylvanus Olympio ne rêvait-il pas de faire du Togo une place financière ?

 Au plan interafricain, conscient qu’on ne pouvait concevoir de faire du petit Togo un pays isolé du contexte régional auquel tant d’affinités le liaient par ailleurs, notre gouvernement ne resta pas étranger aux efforts entrepris pour l’édification d’une union africaine que Sylvanus Olympio voulait fraternelle, libre et respectée. Aussi dira-t-il : « Uni, tranquille, prospère, le peuple togolais se sentira plus fort pour entreprendre avec les autres peuples d’Afrique, cette grande œuvre d’union fraternelle qui doit faire de ce continent qui est nôtre, un pays effectivement libre et désormais respecté… »

 Traduisant cette conception en acte, Sylvanus Olympio jettera avec Tafawa Balewa, alors premier ministre de la République fédérale du Nigeria, au cours de leur historique rencontre à Lomé, les bases de la future Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO).

 Sylvanus Olympio devait se rendre en visite au Liberia le 14 janvier 1963 pour discuter avec son hôte libérien le projet d’union économique régional que ses homologues du « groupe » dit « de Monrovia » lui avaient demandé d’élaborer.

 Moi-même je devais, à son retour de Monrovia, me rendre en France pour parapher le nouvel accord monétaire instituant le franc togolais.

 Le 13 janvier 1963 à l’aube, Sylvanus Olympio était assassiné. Peu après, le ministre d’Etat, M. Paulin Freitas et moi-même étions arrêtés devant l’Ambassade des Etats-Unis et incarcérés au camp de la gendarmerie de Lomé dans une cellule d’environ 2m sur 1m… où d’autres devaient nous rejoindre dans la journée.

 A ma sortie en avril 1963 du camp RIT où nous avons été transférés, je retournai à ma première passion : soulager les vies humaines. Je m’occupai à nouveau de ma clinique privée « La Pitié », à Lomé jusqu’à ce que les forces physiques ne me permettent plus de poursuivre cette noble charge. C’était en 1984.

 Ablode ! Ablode ! Ablode ! »

 Le Dr Hospice Imoru Dominique Abou COCO est mort le 21 juillet 1995 à Lomé, dans sa 94e année et a été inhumé au Cimetière de la Plage, dans la même capitale.

 Comme le dit en conclusion le faire-part annonçant son décès : « … il nous laisse l’exemple d’une vie sans compromissions, une vie de fidélité à un idéal, une vie sans d’autres ambitions que celle de servir dans la simplicité et la générosité. »

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PAULIN AKOUETEY : LE GEANT DU SYNDICALISME AFRICAIN

« AKUETE Paulin, géant du syndicalisme  africain », ce fut ainsi qu’Abdoulaye Salami, ancien Secrétaire général de l’UNTT, qualifia son camarade et ami décédé le 12 octobre 1997, dans sa 96e année, lors de l’oraison funèbre qu’il prononça à son enterrement qui eut lieu dans sa ville natale de Grand Popo au Bénin, le samedi 08 novembre 1997.(paulin akuetey)

Au cours de ces mêmes obsèques, un de ses petit-fils présenta une autobiographie qu’il avait pris le soin d’établir avant son décès. Voici comment il s’y présentait :

« Je me nomme Paulin Sêvi AKOUETE.

Paulin Akouété est né officiellement le 2 mars 1902 à Grand-Popo, d’après l’acte de naissance  délivré à l’époque par le commandant de cercle de sa ville natale. Il sera formé au Grand Séminaire de Ouidah avec pour désir de devenir prêtre de l’Eglise catholique. Par manque de vocation, il va devenir moniteur puis instituteur de l’enseignement primaire.

Il débuta sa carrière professionnelle le 1er octobre 1924 à Aného Petit-Popo avant de devenir instituteur par voie de concours en 1926. Il fut alors muté sur Lomé et avait exercé son métier à l’Ecole primaire publique de la route d’Aného, une institution scolaire très célèbre qui a moulé bien des cadres togolais d’aujourd’hui.

Mais, pour des raisons de santé, il sera détaché le 3 janvier 1930 au service de l’enseignement en qualité de secrétaire d’académie. L’enseignement suscitera en une autre vocation, celle du syndicalisme.

 Il fut  alors élu Premier Secrétaire de l’Association des fonctionnaires et ouvriers du Togo.

Je serai détaché du service de l’enseignement pour la Bourse du travail  comme syndicaliste permanent.

Sa participation à la lutte du peuple togolais pour la liberté et l’indépendance, il faut le reconnaître, était perçue de la part de l’administration coloniale, française évidemment, comme un affront. Il faut me punir. J’étais demeuré plus de dix ans sans traitement mensuel. Devant cette injustice flagrante, j’ai beaucoup bataillé. Nous étions à la fin de la IIe Guerre mondiale. Je fis la connaissance d’un certain Sylvanus Epiphanio OLYMPIO, gérant de la UAC (United Africa Company), une filiale de la firme britannique Unilever.

Nos liens deviendront très étroits à partir de 1946 – 1947 lorsque mon ami s’affirmait comme un véritable leader politique.

Après la victoire des nationalistes du CUT (Comité pour l’unité togolaise) aux élections législatives du 27 avril 1958, placées sous le contrôle des Nations-Unies, l’ami Sylvanus fut pressenti par M. Georges Spénale, gouverneur d’alors et haut commissaire de la France au Togo, pour devenir le chef du gouvernement du nouvel Etat indépendant.

En formant son cabinet, Sylvanus OLYMPIO lui fit appel pour occuper le poste de ministre de la Justice, du Travail, de la Fonction publique et des lois sociales. Mon ami d’enfance, le Dr Hospice Imoru Dominique Abou COCO, médecin, gynécologue et chirurgien sera, lui, nommé au département des finances et des Affaires économiques.

Après le putsch militaire du dimanche 13 janvier 1963 soldé par la mort du Président OLYMPIO, il a été contraint de partir vivre en exil. Depuis lors, j’étais à Grand-Popo (dans ma maison à Hounsoucoué-Plage). »

Revenons sur l’oraison funèbre présentée par Abdoulaye SALAMI, ancien Secrétaire général de l’UNTT, la centrale syndicale créé en 1959 et dissoute en 1972 par le régime d’Eyadéma, pour dire qu’elle permettait d’élargir la connaissance de Paulin AKOUETE lorsqu’il y disait notamment :

« Vous étiez quelques braves à élaborer discrètement avec les camarades français, la stratégie de pression sur un point précis à la Conférence de Brazzaville en 1944 : obtenir la reconnaissance du droit syndical dans les colonies, et vous aviez eu gain de cause.

A la fin de la IIe Guerre mondiale, après la promulgation des textes autorisant les syndicats, il a crée l’Union des syndicats confédérés du Togo (USC) qu’il devait diriger jusqu’à l’indépendance du Togo.

 L’Union des syndicats confédérés du Togo, né comme une section territoriale de la CGT Unitaire (N. B. : CGT-U de France) qui devait, avec la guerre froide, se scinder en CGT et en CGT-FO.

 Ier Acte :

Avec la tension des débats sur le plan Marshall des années 1947 – 1948, le premier acte de grande importance posé par lui et qui devait révéler la stature de Akouété Paulin, ce fut de déclarer les syndicats togolais autonomes, c’est-à-dire non affiliés ni à l’une, ni à l’autre tendance. Ce fut le premier qu’il a eu à poser.

 Notre objectif politique était l’indépendance.

 L’Acte II :

Le 2ème – la participation à la grande grève pour l’obtention du Code du travail d’outre-mer de 1952. Pratiquant du syndicalisme autonome, Akouété Paulin a été l’émule de son ami Sékou Touré dans les années 1956 pour la désaffiliation des centrales métropolitaines, afin de mieux coller à la politique d’émancipation des peuples africains.

L’Acte III :

 C’est ainsi que (Acte III) lors de la création de l’UGETAN à Cotonou, l’Union des syndicats confédérés du Togo devait abandonner son autonomie sur le plan africain et être membre fondateur à ce Congrès qui a confié le Secrétariat général à Sékou Touré.

 Je passe volontiers sur tout le travail quotidien du syndicaliste que le camarade Akouété Paulin a mené avec brio et qui sera couronné par ce que j’appelle l’acte quatre en 1958.

 L’Acte IV :

 Il fallait voir l’homme dans toute sa force, en action au diapason de la masse des travailleurs.

  En effet, c’est en 1958 qu’au Togo, sous l’égide de l’ONU, il y a eu des élections pour savoir si oui ou non le peuple voulait l’indépendance.

Depuis 1956, nous avons l’autonomie interne de la Loi-cadre, et le parti au pouvoir avait pris toutes ses dispositions pour frauder systématiquement. C’est alors qu’intervint le syndicat en la personne du camarade Akouété Paulin pour peser de tout son poids dans la balance au nom du droit de vote des citoyens-travailleurs. C’est le préavis de grève qu’il a signé qui a permis la correction des listes électorales et les élections du 27 avril 1958 remportées par les nationalistes.

 C’est pourquoi, le 27 avril sera retenu comme jour de la fête nationale du Togo depuis 1960.

 Ce sera donc  en reconnaissance de tous ces combats que Paulin sera appelé comme ministre dans le premier gouvernement du Togo indépendant.

Ce n’est donc pas par hasard qu’on associe, au Togo, le nom du premier président Sylvanus Olympio à celui d’Akouété Paulin comme c’est le cas : en Tunisie, de Habib Bourguiba et Ferhat Hached ;au Ghana, de N’Krumah – Georges Padmore et John Tettegah ; au Kenya, de Jomo Kenyata et Tom M’boya ; pour la PAFMECA : Julius Nyéréré et Tom M’boya.

Avec ces autres géants, vous appartenez tous à l’histoire. »

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NAMORO KARAMOKO : L’HOMME INTEGRE

Ancien ministre de l’Agriculture du gouvernement de Sylvanus OLYMPIO, NAMORO Karamoko est né en 1912 à Sansané-Mango, dans une famille musulmane du grand nord du Togo.

Après ses études primaires à Mango, sanctionnées par l’obtention du certificat d’études primaires, il suivit pendant six mois, à Lomé, le Cours supérieur qui préparait au très sélectif concours du Cours complémentaire qui deviendra plus tard l’Ecole primaire supérieure (EPS) ou Collège moderne de Lomé. Il réussit brillamment cet examen en 1931, preuve de la vivacité de son intelligence et de son ardeur au travail.

Après la très célèbre Ecole William Ponty de Dakar qu’on intégrait également par voie de concours, ce Cours complémentaire était la version locale de cet enseignement supérieur destiné aux élites qu’on n’y recrutait qu’en très petit nombre.

Après cette formation, NAMORO Karamoko fut affecté comme enseignant d’abord à Dapaong où il eut notamment comme élèves les dignitaires du régime RPT que sont les Ogamo BAGNAH et Barry Moussa BARQUE

Après donc Dapaong, NAMORO Karamoko fut en poste à Bafilo où, militant discret mais très actif du CUT auquel il avait adhéré entre-temps, il comptait, en tant qu’enseignant, parmi les pivots sur lesquels le parti avait appuyé sa structuration dans la région septentrionale du Togo..

Lorsque survinrent les élections du 27 avril 1958 alors que Karamoko était instituteur à Bafilo, il les supervisa de façon remarquable comme délégué du CUT,

Cette attitude exemplaire, qui fut rapportée à Sylvanus OLYMPIO, lui a valu une telle admiration à son endroit qu’après la victoire des nationalistes à ces élections législatives, Sylvanus OLYMPIO lui fit donc appel pour occuper le Ministère de l’Agriculture dans le gouvernement que le Haut Commissaire Georges SPENALE l’appela à former, le comptant ainsi parmi les originaires de la région septentrionale du Togo en qui il avait une confiance totale pour leur confier de hautes responsabilités.

Il occupa donc le portefeuille du ministère de l’Agriculture jusqu’à l’assassinat de Sylvanus OLYMPIO le 13 janvier 1963. Et tout, comme les autres ministres alors en fonction, sauf deux d’entre eux, NAMORO Karamoko fut arrêté et sauvagement torturé jusqu’au coup d’Etat du 13 janvier 1967 suite auquel il ne fut libéré qu’après la prise du pouvoir par Eyadéma, le 14 avril 1967.

Après sa libération, il retourna à l’enseignement mais fut affecté comme directeur à l’Ecole de la Poudrière, à Lomé, tout en assumant l’accomplissement de tâches techniques au sein de son ancien ministère jusqu’àsa retraite qu’il prit en 1968.

Peu avant cette retraite, il aura à nouveau connu les affres de la prison en 1967. Lors d’une visite que Ayité Gachin MIVEDOR lui a rendue, il exprima son opinion au sujet du coup d’Etat de 1967 en lui disant en substance : « Ils disent avoir pris le pouvoir en faisant un coup d’Etat ; on va voir ce qu’ils vont en faire… » Pour des propos si anodins qui furent rapportés à qui de droit, il fut arrêté et déféré à la tristement célèbre Prison civile de Mango sans que sa famille n’en soit  même informée puis mis à la diète noire, privé de nourriture et d’eau, pendant une semaine. Il n’accepta de revenir à Lomé, en 1991, qu’à la demande expresse du Docteur FIADJOE, cet autre dirigeant nationaliste qui le fit inclure dans la liste des dignitaires du régime OLYMPIO à inviter pour la Conférence nationale dejuillet – août 1991. Doyen d’âge de ces assises nationales avec ses 79 ans, il fut élu président de leur bureau provisoire,le bureau d’âge, secondé par le plus jeune en âge de la conférence et fit ainsi un spectaculaire retour au devant de lascène politique nationale. Il assuma ses fonctions avec abnégation sans manger du matin jusqu’au soir comme en 1958. Bien qu’avec l’âge l’acuité de ses sens aient quelque peu baissé, lui occasionnant notamment des difficultés à bien entendre, on se rappelle de toute la fermeté et de la grande responsabilité avec lesquelles il avait dirigé cette Conférence nationale qui a réuni plus de 900 délégués dans cette première, cruciale et très délicate phase de mise en place de son bureau définitif où les joutes politiques furent ardues. Ceux qui connaissaient son histoire ont pu comprendre, à travers ses prises de position à la Conférence nationale, qu’il était resté fidèle aux idéaux du nationalisme togolais dont il n’a cessé d’être une des personnalités marquantes. Il est décédé en août 1993, peu avant la mascarade d’élection présidentielle du 25 août 1993 par laquelle GNASSINGBE Eyadéma s’était à nouveau maintenu au pouvoir. Sachant les jeux faits d’avance pour cette élection truquée et écœuré par l’impasse dans laquelle s’enfonçait à nouveau la crise togolaise à la résolution de laquelle il avait

encore œuvré deux ans auparavant, il s’est laissé mourir dans sa dignité et dans sa pauvreté, en faisant bien savoir à son entourage ceci : « Je ne veux pas voir ça ! »

Sa mémoire mérite d’être honorée avec le plus grand respect par tout le peuple togolais car, originaire du grand Nord du Togo, il n’aura cessé de s’opposer, toute sa vie, à sa division artificielle entre un « Nord » et un « Sud ».

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Pa Augustino de SOUZA : Le Patriarche, 1er Président du CUT, décédé la veille de la proclamation de l’indépendance 

 Le patriarche Pa Augustino de SOUZA dit « Gazozo » est né en 1877, à Adgbédrafo (Porto Seguro), dans une grande famille Mina dont les ancêtres sont venus du Brésil.

 Il était le petit-fils du Chacha Francisco Félix Da SOUZA (1760 – 1849), le (drifter) portugais ou réfugié politique qui était devenu un important trafiquant dans la région d’Aného et plus tard Gouverneur de Ouidah sous le règne du roi du Danhomè.

 De condition modeste, Da SOUZA commença sa carrière ouest-africaine comme un petit commerçant vendant diverses marchandises, dont des esclaves et des armes.

 Il s’installa d’abord à Aného vers 1788 et y fonda le quartier Ajuda qui deviendra plus tard l’actuel quartier d’Adjido.

 Après une querelle au sujet d’une dette que lui devait le roi du Danhomè Adandozan, Da SOUZA fut emprisonné à Abomey, la capitale du Danhomè.

 Il ne fut relâché que sur l’intervention de Ghézo, le futur roi du Danhomè, qui monta au pouvoir avec le soutien de Da SOUZA.

 Il fut élevé à la position de « Chacha » c’est-à-dire de percepteur en chef attitré des impôts du roi qui avait rang de gouverneur à Ouidah, le plus grand port d’esclaves de la côte.

 A partir de cette position, Da Souza détenait un monopole sur toutes les activités commerciales dans la région et devint énormément riche.

 Submergé par ses fonctions administratives à Ouidah, Da SOUZA délégua son autorité à Aného à son lieutenant, Akouété Zanklibossou, et ses affaires commerciales à ses fils.

 Suite à l’abolition de la traite négrière, il réorienta ses affaires vers la culture du palmier à huile.

 Francisco da SOUZA, grand père de Augustino de SOUZA, est mort à Ouidah, en 1849 et eut droit à des funérailles royales incluant des sacrifices humains.

 Revenons au petit-fils de cet homme, Augustino de SOUZA, qui fut un des providentiels héritiers de sa considérable fortune pour dire qu’il fut, très tôt, un puissant soutien, fondateur et premier président du Comité de l’Unité togolaise (CUT).

 Il était l’ami de Octaviano OLYMPIO, l’oncle de Sylvanus OLYMPIO qui, avec l’instituteur de la Mission protestante  Andreas AKU, avait pris le 24 mai 1909, la première initiative qui lança le mouvement national au Togo en envoyant au très raciste gouverneur allemand, le Comte ZECH, une pétition pour réclamer la justice et l’égalité des droits entre autochtones togolais et colons allemands après avoir protesté contre les exactions dont avait été victime un citoyen togolais. Ce dernier avait été giflé en pleine rue par un fonctionnaire colonial allemand des chemins de fer tout simplement parce que celui-ci ne l’avait pas salué au moment où il le croisait sur son chemin.

 De ce fait, il jouissait d’un grand prestige et avait une forte autorité morale sur le mouvement nationaliste naissant au Togo.

 Il était issu de cette bourgeoisie foncière et commerçante afro-brésilienne dont les principales figures qui avaient fait fortune à partir de la traite négrière, à leur retour du Brésil d’où ils sont venus s’installer sur les côtes d’Afrique de l’Ouest, après avoir paradoxalement été affranchis eux-mêmes comme esclaves. Se distinguant du reste de la population par leur habitat, leur habillement, leur alimentation, leurs traditions, leur prestance dans la société, ils constituaient cette couche de notables qui, face aux pouvoirs coloniaux allemand et français, postula à la représentation des intérêts nationaux togolais qui ne pouvait que favoriser les leurs propres.

 C’est ainsi que, comme son ancêtre Francisco Félix Da SOUZA et, plus généralement, tous les chefs des grandes familles afro-brésiliennes, Pa Augustino de SOUZA développa une importante carrière commerciale et entrepreneuriale tout au long de sa vie.

 En 1903, il fut embauché par la compagnie commerciale allemande Deutsche Togo Gesellschaft (DTG) et, après l’expulsion de cette société du Togo en 1914 suite à la défaite allemande lors de la Première Guerre mondiale, il monta sa propre compagnie d’import-export.

 Par la suite, il s’engagea dans la production de palmistes et de noix de coco, achetant à cet effet de vastes domaines près d’Anécho et dans la région de Lomé dont il fit d’immenses palmeraies et cocoteraies.

 Au fil des années, il avait accumulé une fortune si considérable qu’il était considéré comme étant le plus riche commerçant du Togo avant son indépendance.

 Lorsque les colons décidèrent de créer un Conseil des notables pour impliquer l’embryon de bourgeoisie locale dans la gestion des affaires coloniales, c’est Augustino de SOUZA qu’on désigna comme président de cette institution.

 Après la Seconde Guerre mondiale, Augustino de SOUZA s’engagea dans les divers mouvements qui combattaient pour l’unification des Ewé sous une seule administration coloniale.

 C’est dans ce cadre qu’il apporta une importante contribution à la naissance du Comité de l’Unité togolaise dont il aida à la fondation et en devint le premier président, à cette époque où Sylvanus OLYMPIO en avait été élu vice-président.

 En réalité, c’était dans les grandes plantations de Augustino De SOUZA que la direction du CUT se réunissait pour définir ses stratégies et tactiques.

 De SOUZA était aussi un des rares supporters actifs dans le Togo français de la direction Anlo de l’All Ewe Conference de Daniel CHAPMAN qui avait son siège au Ghana voisin.

 Trop vieux pour jouer un rôle actif dans le combat du CUT contre le pouvoir colonial français au Togo, le soutien apporté par Pa Augustino De SOUZA au mouvement à ses débuts fut incontestablement inappréciable.

 Il mourut malheureusement le 25 avril 1960, soit exactement deux jours avant la proclamation de l’indépendance du Togo auquel son destin ne lui permit pas d’assister. Comme ce fut le cas dans l’autre histoire, il ne vit donc pas la terre promise de l’indépendance nationale conquise et proclamée mais, en tant que patriarche, garant moral de la direction de cette lutte, il est permis de dire qu’il l’a conduite à bon port.

 Son décès, gardé secret, ne fut rendu public qu’après les cérémonies de proclamation de l’indépendance nationale.

 Il eut droit à des obsèques grandioses, à la hauteur de l’importance de la contribution qu’il apporta au combat pour la conquête de l’indépendance du Togo.

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Martin AKU : le candidat du CUT aux élections du 10 novembre 1946 à l’Assemblée nationale française

Martin Aku

Martin Aku

Le Dr Martin Komla André AKU est né le 25 septembre 1913, à Lomé, du pasteur Andreas AKU (1863-1931) et de Caroline Steffens. De son père, on retiendra que, né en 1863 à Waya (actuelle Volta Region du Ghana), instituteur et catéchiste à partir de 1882, formé en Allemagne de 1884 à 1887, il fut le fondateur de la mission évangélique de Lomé en 1895. Consacré pasteur en 1910, il a été modérateur de l’Eglise évangélique du Togo dont il assura le développement dans le pays de 1921, année du départ du dernier missionnaire de la Mission de Brême, le Suisse Bürgi, jusqu’à sa mort, en 1931. Homme à la fois religieux et politique, le père, Andreas AKU, fut à partir de 1922, membre (nommé, puis élu) du Conseil des notables de Lomé. Il était aussi le représentant des Togolais au Conseil d’administration du territoire, avec Octaviano Francisco Olympio (1859-1940), le très fortuné planteur et oncle de Sylvanus Olympio.

 Avec lui, ils avaient initié le combat pour l’indépendance nationale au Togo en adressant la première pétition revendiquant les droits des nationaux togolais au Comte Zech. Ce dernier représentait alors, en qualité de gouverneur, le pouvoir colonial allemand dans le pays. 

 Une filiation nationaliste

 A quel sujet cette pétition lui fut-elle adressée ?

 A propos d’un incident survenu, en mars 1909, dans la rue de Brême où Andreas Aku, quoiqu’important notable togolais, a été giflé, en pleine rue, par un fonctionnaire des chemins de fer allemands. Lorsqu’il s’en plaignit au gouverneur, celui-ci minimisa la gravité de l’acte, ne lui donnant pour toute réponse que ces mots : « Vous devriez excuser ce fonctionnaire… » Ce fut alors qu’ Octaviano Olympio et Andreas Aku, importants notables togolais à l’époque, rédigèrent et signèrent cette pétition datée du 24 mai 1909 qu’ils ne consacrèrent pas seulement à cet incident mais en étendirent l’objet à l’ensemble des doléances de la population de Lomé, signe évident de l’accumulation de nombreuses frustrations contenues qui n’avaient pas trouvé une occasion pour s’exprimer jusque-là. La pétition, elle-même, fut remise au Comte Zech, le 26 mai 1909, par ses deux signataires et les commerçants James Gbogbo et un autre nommé Kodjo. Elle portait essentiellement sur 3 points :

 1- Egalité des européens et des indigènes devant la loi ;

 2- Suppression de la détention préventive des indigènes en matière de droit civil ;

 3- Autorisation de constituer une caution avec d’autres moyens qu’avec de l’argent liquide exclusivement.

 Revenons au fils, Martin Aku, pour indiquer qu’après ses six années d’études primaires au Togo, d’abord à l’Ecole de la Mission évangélique puis à l’Ecole officielle (publique) coloniale, il partit en Allemagne, à Brême en 1928, avec l’inspecteur de la Mission de Brême, Stoevesandt, pour y poursuivre ses études secondaires, pendant sept ans. Puis, à partir de 1935, il entama des études supérieures de médecine à Tübingen mais l’arrivée au pouvoir du nazi Hitler en Allemagne, depuis 1933, rendant tellement difficiles ses conditions de vie, il fut contraint de quitter l’Allemagne. Il continua alors ses études de médecine à Westheim, à Bâle (Basel), en Suisse, avant d’aller les terminer en France, à la fin de la Seconde Guerre mondiale.

 A propos de son métier de médecin qu’il n’avait pas eu la chance d’exercer en Afrique, en 1946, à son retour d’Europe où il repartait comme député la même année, n’écrivait-il pas déjà dans une autobiographie qu’il rédigea à 25 ans, alors qu’il était encore étudiant en médecine à Bâle :

 « Le but de la vie, tel que j’ai pu l’entrevoir grâce à mon éducation, trouvera sa réalisation dans ma vocation de médecin. Le cœur se brise lorsque l’on songe à toutes les maladies dont souffrent nos compatriotes, et à la légèreté avec laquelle ils les accueillent encore trop souvent. L’appel au secours de mon peuple dans ce domaine m’a pénétré jusqu’au fond du cœur. Aider à diminuer un danger m’apparaît comme la plus grande tâche que je puisse accomplir pour mon peuple et pour mes semblables. La santé du corps est en effet la condition primordiale de notre évolution, et elle seule rend possible l’évolution de l’âme. On désespère presque lorsque l’on songe à tout les maux que le contact avec l’Européen nous a apportés. Les maladies dites européennes, dont les suites dévastatrices sautent aux yeux, menacent de détruire la substance même de notre peuple. Beaucoup de nos compatriotes gardent vis-à-vis d’elles une attitude d’impuissance, car il n’y a pas encore de lieux de consultation pour ces maladies, tels qu’on en trouve dans toutes les villes européennes. Le danger est très grand, précisément parce que les bases de notre vie de communauté morale ont été détruites. Nous, médecins africains, nous avons à cet égard une grande responsabilité. Nous n’aurons que des résultats partiels si nous ne parvenons pas à faire comprendre au moins approximativement à nos compatriotes la nature d’une maladie et le processus de sa guérison. Les idées malencontreuses issues de l’activité thérapeutique des sorciers empêcheraient à la longue toute réussite de notre activité.

 Mais l’œuvre la plus difficile – et aussi la plus importante – est celle qui vise le domaine de l’hygiène. Il faut que nous soyons prêts à rencontrer une forte opposition sur ce terrain. C’est un travail délicat, qui devra être accompli avec une grande habileté en même temps qu’avec fermeté. Il nous faudra y travailler en donnant la main aux autres éducateurs de notre peuple. Il y a aussi beaucoup à faire dans le domaine médical scientifique. Jusqu’ici, on a fait le silence autour de cette question, mais aujourd’hui il nous faut l’aborder. Pour guérir les maladies, certains thérapeutes indigènes disposent de moyens qui nous sont inconnus. Il nous faudra rechercher la nature de ces maladies et des médicaments, afin d’améliorer ces derniers grâce à notre savoir scientifique acquis à l’Université. J’espère que beaucoup de parents de chez nous s’apercevront de la valeur d’une éducation médicale et prépareront leurs fils pour cette profession. La tâche est énorme, et nous avons besoin de beaucoup de forces indigènes ayant reçu une préparation scientifique. Nous avons déjà plus qu’assez de juristes. Nous n’approcherons de notre but que lorsque les questions d’hygiène populaire seront résolues d’une façon satisfaisante. Il nous faudra auparavant nous y appliquer de toutes nos forces. » (in Martin AKOU, Onze autobiographies d’Africains, pages 298-299, publiées par Diedrich Westermann, 1938.) 

Le candidat du CUT aux élections du 8 novembre 1946 au Parlement français 

 C’est à son retour d’Europe, en 1946, que Martin AKU avait été présenté comme candidat par le Comité de l’unité togolaise (CUT) aux élections à l’Assemblée nationale française et battit à cette occasion Nicolas Grunitzky, le candidat présenté par le Parti togolais du progrès (PTP) avec le soutien de l’administration coloniale française. Il devint alors le premier député du Togo à l’Assemblée de l’Union française.

 Mais, à son arrivée en France, Martin Aku se tint à l’écart des divers regroupements trans-territoriaux qui se développaient tant à l’Assemblée nationale française qu’en Afrique même, au nom d’une sorte de principe de « non alignement » à la togolaise dans les affaires des pays francophones d’Afrique. C’est pourquoi, durant son mandat à Paris (1946 – 1951), Martin Aku n’adhéra pas à l’« intergroupe des députés coloniaux » dont les activités venaient de déboucher, peu avant son élection, le 10 novembre, sur la constitution du RDA au Congrès de Bamako (18 au 21 octobre 1946) mais s’affilia au Groupe parlementaire des Indépendants d’Outrer Mer (IOM) qui était notoirement influencé par le MRP.

Prof Martin Aku

Prof Martin Aku

Même si on le disait solitaire et plutôt conservateur de caractère, sa position était en réalité dictée par la tendance générale dominant à l’époque le CUT qui, sous l’impulsion du très libéral et anti-communiste Sylvanus Olympio, était marquée par son hostilité aux thèses développées par les principaux responsables du RDA, pour la plupart proches du Parti communiste français. Martin Aku a été battu lors de la campagne de 1951 pour sa réélection à son poste de député à Paris par son ancien adversaire de 1946, Nicolas Grunitzky, que l’administration coloniale française soutint de toutes ses forces, allant jusqu’à organiser de gigantesques fraudes pour imposer sa « victoire ». C’était l’époque où on avait fait arriver ce tristement célèbre spécialiste de la répression colonialiste qu’était Yves Digo, nommé gouverneur au Togo de 1950 à 1952. Paradoxalement, le même Nicolas Grunitzky que ce dernier imposera à sa place par les fraudes rejoindra le même Groupe parlementaire des Indépendants d’Outrer Mer (IOM). Et les mêmes fraudes dont Aku fut victime furent organisées contre les députés du RDA pour les faire perdre dans leurs territoires respectifs, aux mêmes élections de 1951. Au point où, de sept qu’ils étaient au départ à l’Assemblée nationale française lors de la constitution de leur mouvement, les députés du RDA ne seront plus que trois (Houphouet-Boigny de Côte d’Ivoire, Mamadou Konate du Mali et Jean-Félix Tchicaya du Gabon) à la suite de ces élections. Les fraudes électorales seront systématiquement organisées par les colons français pour faire perdre le CUT lors de toutes les consultations électorales qui eurent lieu au Togo de 1951 jusqu’à celle du 27 avril 1958 où la présence d’une Mission de supervision de l’ONU permit d’en limiter l’ampleur. C’est ce qui permit au CUT d’arracher une mémorable victoire qui, de l’avis des observateurs présents, arriva « avec l’ampleur d’une lame de fond ». En 1951, profondément écœuré par la bassesse des méthodes utilisées contre lui par les colons français tant pour imposer sa défaite que par leur refus de reconnaître son diplôme de médecin pour le laisser exercer son métier au Togo, le Dr Aku fut contraint de s’installer au Ghana comme médecin et se retira ainsi de la vie politique jusqu’à son décès en 1970.

17 Réponses

  1. […] LES NATIONALISTES TOGOLAIS […]

  2. bonjour
    Mr Sylvio Combey journaliste
    auriez vosu l’ambilité de bien vouloir me contacter sur ma boite émail SVP
    lyseconcept@gmail.com
    jean Marius D’Alexandris
    lyseconcept

  3. moi je pense mais je ne pense pas trop lourd pour moi

  4. Après les valeureux lutteurs pour l’indépendance du Togo, place aux apprentis sorciers qui n’en ont jamais cure du délabrement continu de l’étoffe nationale. A quoi sert-il de rester longtemps au pouvoir pour n’entendre que les mugissements du peuple? Libérez les places si vous n’apportez aucun changement efficace aux Togolais, et que de nouvelles forces émergent. Salut, compatriotes!!!

  5. La guerre médiatique contre le Togo / Afrique!
    La vérité contre les mensonges du gouvernement togolais, les médias, en particulier la TVT et republicoftogo.com. Certains médias occidentaux (France24, BBC, CNN). Répètent le même refrain. Pour moi, il était clair que certains acteurs politiques Occidentaux encourageront ces propagandes mensongères du gouvernement. Les médias étatiques sont plus dangereux que des armes de destruction massive. Les médias continuent l’intervention chirurgicale cérébrale de la masse! Les gens sont de plus en plus "lobotomisés". Ce type d’attaque chirurgicale, "la lobotomie" est très dangereuse, ainsi agissent aussi les médias mensongers indirectement ou directement sur nos cerveaux! Mes chers pères, mères, frères et sœurs, enfants et vieillards évitons ces médias, même les films à la télévision nous endorment. Réfléchissez si vous voulez survivre à cette attaque médiatique. Cela dépend de chacun. […]
    De toutes les façons, ces médias sont au service des colons et leurs marionnettes tyrans. Dans tous les cas, les médias veulent faire croire au public qu´il ne s´agit que seulement des manifestations politiques passagères à causes des échéances électorales prochaines. Ce qui est très faut, ce qui se passe chez nous au Togo est plus grave que la persuasion politique. Ici il ne s´agit pas du pouvoir, il s´agit de la dignité humaine, le droit de vivre décemment et surtout la confiance. Cela est au delà de la politique, et il faut tout changer. C´est là, la vérité, c´est ce qui se passe au Togo et personne ne plus arrêter ce vent qui souffle.

    Avec la fausse propagande qu’ils utilisent, déclarations contradictoires et montages vidéos qui n´ont rien à voir avec la réalité sur le terrain, afin de tenir duper l´opinion, le public.
    L’ironie des choses est que cette arme médiatique du gouvernement ne fonctionne plus comme dans le passé. Oui bien sûr, elle fonctionne très bien, mais aujourd’hui, les faits de ces médias menteurs, peuvent être contrôlés et en temps réel par n’importe qui et c’est à cause de la nouvelle technologie de l´information et de la communication.

    TOGO, une révolution ou rien! Le changement c´est maintenant, le peuple a compris.
    L´alternance politique n´est pas à négocier, c´est une exigence. Le gouvernement de Faure Gnassingbé doit comprendre cela. L´UE, les USA, l´UA et l´ONU doivent aussi écouter le peuple Togolais. Il n y a plus alternative.

    Nous ne pouvons pas comprendre, au moment, où les Togolais sont dans la rue pour protester contre la manière dont l´on les gère, un groupuscule de personnes (ue, onu, ufc/unir-rpt) se donne rendez-vous dans un hôtel sans les représentants du peuple. Le peuple a perdu confiance à ces genres de racontes de the ou café au bout desquelles rien ne sera appliqué. Le peuple est là, le peuple n´oublie pas, l´expérience l´a rendu sage car il a vu de ces choses dans le passé.
    Peuple Togolais, comprend bien que Faure, Abass, Gilbert et clique ne peuvent pas te diriger. Ils se sont eux même pris en otage, étant aussi otages de leur maître! Ils veulent vous entrainer dans leur boue sale avec des mensonges. Mon frère Gilbert est spécialiste dans cette matière, je me demande comment il éduque ses enfants. Et sas femme, a-t´elle confiance à son bonhomme ?
    Une mobilisation de protestation générale vient d´être lancée par le peuple Togolais partout dans le monde. Le Togo vient d´ouvrir une page vierge, une nouvelle page pour écrire la vraie histoire de la terre de nos aïeux pour un Togo plus juste et plus fraternel. Les manifestations d´information et d´éducation de masse, les marches de sensibilisation ont permis le réveil des consciences.
    Les mouvements pacifiques "CST, AEC et les acteurs libres", porte-voix des "99 %", des vieillards, des hommes et femmes, les jeunes ployant sous le joug d’une politique socio-financière débridée, essaiment sur tout l´étendu du Territoire, et un peu plus chaque jour à LOMÉ.

    Cette mobilisation générale se déroulera partout au Togo. Elle démontrera la détermination des acteurs du changement et de l´alternance politique en marche.

    Le crépuscule d’un système autophage !!!
    Quand l’humanité souffrante prendra conscience de la peur qu’elle inspire à ses geôliers, un autre monde sera faisable. Un message fort sera lancé à ces prédateurs ou ces laquais d’un système agonisant: nous n’accepterons plus de sacrifier sur l’autel de votre avidité nos mères et nos pères, nos frères et nos sœurs, nos filles et nos fils.
    Nous sommes tous à la croisée des chemins. C’est un appel à la mobilisation générale au Togo. De quoi avons-nous peur?
    Même certains parmi les FAT, la gendarmerie et les policiers sont déjà du côté du peuple. Les autres, ceux qui hésitent encore doivent aussi suivre le pas, ils n´auront pas de choix !
    Dans un monde injuste et cruel où chacun pense d’abord à défendre sa peau, le repli sur soi semble être la seule issue, alors que seule l’action collective est susceptible de mettre à nu les germes d’une société nouvelle.

    Désobéir est un devoir pour tout homme qui aspire à un monde meilleur. L’article 35 de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen de 1793 légitime la désobéissance civile:
    "Quand le gouvernement viole les droits du peuple, l’insurrection est, pour le peuple et pour chaque portion du peuple, le plus sacré des droits et le plus indispensable des devoirs."
    Chacun devrait se pénétrer de l’idée que l’obédience, sous toutes ses formes, tire l’humanité vers le bas.

    PAR VOTRE SOUTIEN LE COMBAT SE POURSUIVRA JUSQU’AU BOUT SUR LE TERRAIN.
    Togolais, par ta foi, ton courage et tes sacrifices aide à la renaissance de la nation togolaise. Personne ne viendra faire cela à notre place !
    L´eu, les usa, la France, l´Allemagne la GN ne le feront pas à notre place !!!
    Apporte ta pierre, bâtissons notre cité nouvelle sur la terre de nos aïeux, l´or de l´humanité pour que le monde voit.
    Sauvons le TOGO: http://www.collectifsauvonsletogo.com/soutenir-le-collectif

    Salutations citoyennes et patriotique

    Le Coursier, Gara Pierre-David Takpara

    "Nul n’est plus esclave que celui qui se croit libre sans l’être." (Goethe)

  6. 12/09/2012. ceci devrait être enseigné dans nos écoles sans attendre quelques directives que ce soit du ministère de l’éducation.Où sont nos professeurs d’histoire?????

  7. je veus avoir une de mr geraldo laminou qui aussi lutter pour l’indépendance a la place anani santos

  8. Je pleure chaque jour de voir le Togoland notre beau pays resté divisé jusqu’à nos jours, et que l’histoire des braves hommes qui luttaient fort pour sa réunification s’était éteint juste à cause de quelques éléments qui ont trahis notre pays.

  9. Je suis d’accord avec les avis precedents

  10. [...] LES NATIONALISTES TOGOLAIS [...]

  11. voici l histoire des hommes qui se sont battus avec integrite et courage.les soit dirigeants du peuple togolais d aujourd hui ne sont que la honte de l humanite.j ai honte de ma premiere patrie LE TOGO

  12. il faut pas bagarrez en Afrique nous tous nous somme des africain j suis congolais

  13. J’aime me ballader dans l’histoire de mon pays avec ses Grands Hommes, qui par leurs courages et déterminations, ont su donner un sens véritable au mot <>

  14. Si les militants se sont à leur est-ce que il peut leur arriver quelque chose? Selon moi c’est eux-mê^me qui l’ont chercheés.Moi je dis aussi au cmdt lt YARK de stopper de faire ses bacard

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