Interview d’un Député Européen/ Michèle Rivasi : « Au Togo, il y a un manque de volonté politique »


Au cours de leur séjour au Togo dans le cadre de la dernière session parlementaire ACP-UE, des députés

Député Michèle Rivasi au port de pêche de Lomé

européens ont saisi l’occasion de s’entretenir avec des pêcheurs et des organisations de pêche togolaises en l’occurrence CERAD Internationale. Au cours d’une visite au port de pêche de Lomé, j’ai pu m’entretenir avec la responsable de la délégation, un député européen qui fait un constat amer même dans le domaine de la pêche : « il y a un manque de volonté politique »

Durant votre séjour relativement court au Togo, quelle appréciation faîtes-vous de la pêche artisanale ?

Je suis allée visiter le port de pêche et les femmes transformatrices de poisson, je trouve que les moyens n’y sont pas mis. Visiter un port de pêche où beaucoup de pêcheurs travaillent et il n’y a pas d’infrastructures qui permettent de déposer des poissons de facile, il n’y pas d’eau donc un problème d’hygiène. On constate qu’il y a une forte consommation de poissons puisqu’il y a une variété importante. Je pense que le gouvernement ne donne pas les moyens suffisants pour faire une pêche pour les populations et une pêche qui corresponde à un minimum d’hygiène.

La responsabilité est-elle attribuable au gouvernement ?

Il y a toujours des responsabilités partagées. Ce port existe et il y a un problème d’eau, ça montre qu’il y a un manque de volonté politique. En même temps je trouve qu’il y a un manque de dialogue. Il y a les pêcheurs qui ont des syndicats, il faut absolument arriver à créer des dialogues entre les pêcheurs, leur corporation et le ministre de la pêche. S’il n’y a pas cela, comment voulez-vous que ces gens voient les problèmes qui se posent ? Il n’y pas de stockage par exemple, il n’y a pas de frigos alors qu’il y a actuellement beaucoup d’arrivages. Ça montre qu’il n’y a pas une prise en compte de la problématique de la pêche au Togo.

Et puis il y a un autre problème qui m’inquiète, c’est celui de l’environnement. Il y a plein de déchets qui proviennent des usines de phosphate, il ya des bateaux qui arrivent avec des transferts de camions, des eaux usées qui sont déversées directement dans la mer et ça, à mon avis, ce n’est pas hyper bon pour maintenir une pêche durable dans l’avenir.

Les pêcheurs ont-ils pu vous transmettre des doléances ?

Justement, je viens sur le terrain parce que les doléances consistent entre autres à refaire un port digne de ce nom, avoir des facilités par exemple regardez comment il décharge le poisson (montrant du doigt un pêcheur en plein activités). Il n’est pas du tout quelque chose prévue pour présenter le poisson et c’est par terre. Mais vous savez qu’au niveau du poisson, il faut de l’eau pour le laver et il n’y en a pas.

Après il y a le problème de transport des poissons chez les femmes transformatrices et c’est à dos d’homme que cela se fait…

Leur avez-vous fait des promesses ?

On doit rencontrer les différents ministères du Togo et moi je vais me saisir de cette question pour interpeller les ministres pour leur dire qu’ils ne donnent pas suffisamment de moyens aux pêcheurs. Moi je ne suis pas du tout compliqué, ce n’est pas la guerre. Il faut le dialogue et c’est à travers ça que le gouvernement va voir qu’ils ne soutiennent pas des gens qui apportent à la sécurité alimentaire avec une quantité de poissons importante pour nourrir les populations. Donc, donnons-leur les moyens pour que cela se fasse dans les meilleures conditions possibles.

Outre ce fait, des pêcheurs évoquent des conflits entre des bateaux de pêche artisanale et industrielle

Ça c’est un problème qui est un peu plus large. C’est par rapport aux accords de pêche et d’un point de vue global, ça ne touche pas que le Togo. Le stock de poissons est limité. Si tout le monde y puise il n’y aura plus de poissons et il va falloir à un moment, et c’est ma  position, augmenter les possibilités d’une pêche artisanale en bordure des côtes et un peu plus loin et diminuer de façons drastique la pêche industrielle puisque maintenant on a des usines sur l’eau. Je trouve qu’il faut trouver un équilibre et ça c’est par les conventions internationales ou même les accords de pêche entre l’Union européenne et les pays mêmes.

Ces accords de pêche mais ils ne sont pas respectés…

D’abord il manque deux choses. on n’a pas d’outils de surveillance et d’autre part, il n’y a pas une bonne répartition et un bon respect des eaux côtières réservées à la pêche artisanale et les eaux lointaines réservées à la pêche industrielle. S’il n’y pas de contrôle, vous pourrez avoir n’importe qui, qui va pêcher chez vous. Il faut augmenter le contrôle et renforcer les sanctions, surtout permettre à trouver un équilibre. Chacun a son territoire mais il n’y a que des gros qui dominent et il risque d’avoir disparition des poissons pour l’ensemble. Sur le plan européen, il faut également une règle qui vous protège contre la piraterie et aussi limiter la pêche industrielle du point de vue capture.

Merci

Interview réalisée par Sylvio Combey

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