Audiences à la CVJR : Quand le Togo fait sa réconciliation en cachette


Longtemps j’y ai réfléchi et je n’ai pas trouvé mieux que de qualifier de réconciliation in camera, la manière dont se

La CVJR au cours d'une audience

déroule la phase des auditions à la Commission vérité justice et réconciliation (CVJR). Suivez-moi sur toute la ligne et vous me donnerez certainement raison.

Il est bien clair, selon les propos de Monseigneur Nicodème Barrigah Benissan, président de la CVJR, que les audiences seront de trois types : publiques, in camera ou à huis clos, et en privé. Mais grand ne fut mon étonnement à lire un autre communiqué de la même Commission appelant les journalistes à introduire une demande d’accréditation pour pouvoir suivre même les audiences publiques. « Tiens ! Audience publique avec accréditation, pourquoi ? », me suis-je demandé. Et que fera alors un simple citoyen qui veut suivre ces audiences ? Je suis resté sans réponse mais étant en face d’un deadline relativement court, je me suis résolu à introduire ma requête électroniquement et au nom d’un Réseau de journalistes que je pilote le Réseau africain des journalistes sur la sécurité humaine et la paix (RAJOSEP). Et l’accréditation me fut accordée le troisième jour des audiences.

Quelle ne fut encore plus grande ma surprise de voir que le premier jour des audiences n’ont pas été même retransmis en direct sur la télévision nationale. Qu’est-ce qui se passe ? « Problème technique sûrement », me suis-je consolé. Mais la situation a été pareille au deuxième jour. La télévision nationale, la radio nationale et les médias privés se sont une fois encore contentés de servir à leur audience que des extraits des témoignages. Le plus long de ces témoignages que j’ai suivi n’a pas dépassé 4 minutes, pour des séances qui durent pratiquement toute une journée, de 8heures à 17heures GMT. Et pourtant, la représentante résidente du PNUD, dans son discours au lancement de ces audiences, s’était beaucoup félicitée du fait que les populations auront l’occasion de suivre en directe ces audiences sur la télévision nationale (TVT) « Pourquoi vouloir faire une réconciliation entre les fils et filles même nation sans qu’ils ne vivent pas l’intégralité des témoignages qui leur est servi ? Veut-on finalement transformer toutes les audiences +in camera+ ? Autant de questions que je me suis posé et qui me réconforte qu’on veut faire une réconciliation en +cachette+ ».

Tertio, n’eût été la présence des journalistes, on ne retrouverait probablement dans la salle que les membres de la CVJR, les témoins et leurs accompagnants ? Ces audiences ne sont pourtant pas faites seulement pour les médias à ce que je sache. Peut-être certains de ces journalistes y vont aussi pour ne pas rater de percevoir le billet de 5000 francs dont on les gratifiait après le point de presse à la fin des audiences. « Une réconciliation à 5000 francs ? », ai-je murmuré sur le bout des lèvres…

Aussi, j’ai eu à cogiter longtemps sur le fait que c’est dans la salle de la CVJR que se déroulent ces audiences dites publiques alors que cette salle de conférence ne peut accueillir que quelques centaines de personnes. Et si les togolais se déplaçaient en grand nombre, que ferait-on ? On leur répondra probablement « place limitée ». Et cela me réconforte encore à dire que « Le Togo fait sa réconciliation en cachette ».

Autant d’éléments qui m’emmènent à croire qu’on fait une parodie de réconciliation surtout que cela, je dirai, coïncidait fortement avec le début du procès du député, Kpatcha Gnassingbé, demi-frère du Chef de l’Etat accusé de complot contre la sûreté de l’Etat. Toutes les attentions étaient pratiquement détournées vers ce procès dont le dit cerveau de l’opération et ses coaccusés ont été mis aux arrêts pendant plus de deux ans.

Alors si vous n’êtes pas d’accord avec moi que « Le Togo fait sa réconciliation en cachette » comment qualifiez-vous cette réconciliation sur les évènements douloureux que le peuple togolais a traversé 47 ans durant, c’est-à-dire de 1958 à 2005 ?

Et si vous mangez à la même écuelle que moi, vous direz certainement comme moi que c’est très dangereux l’allure que cela prend. D’ailleurs, une justice transitionnelle sous le même régime, cela craint. C’est un autre débat sur lequel je reviendrai très bientôt. Mais en attendant, c’est dangereux et le Togo risque de marquer en mauvais l’anale des processus de réconciliation dans le monde.

Une Réponse

  1. un peu trop de précipitation dans vos analyses, samedi (24 septembre) moi en tant que citoyen lambda j’ai eu l’occasion de suivre en direct l’audience de la CVJR dans les savanes. Ou bien je me trompe ou bien c’est vous monsieur qui tronquez l’information. Dite les choses dans leur globalité.

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