Conflit de Chefferie dans les Lacs: LA COLLECTIVITE ADJIGO AVEC DEUX CHEFS


Les carottes semblaient être cuites pour les collectivités Adjigo avec le décret présidentiel reconnaissant Ahlonko Marc-Stéphane Bruce comme Chef canton de la préfecture des Lacs. Seulement, le nouveau chef canton est contesté par des groupes de personnes qui parlent de violation des us  et coutumes et menacent de nommer eux-mêmes un Chef, de façon parallèle. On sent un véritable bras de fer dans l’air.

Théodore Anani Kponton, pdt du conseil du trône

Depuis 2007 et ce jusqu’à ce jour, la collectivité Adjigo est minée par une crise intestine profonde, qui ne cesse de connaître des rebondissements.

En effet, à la mort du roi Nana Ohiniko Quam-Dessou XIV, Chef traditionnelle de la ville d’Aného, le 02 Octobre 2007, la succession a été déclarée libre. De ce fait, le Conseil du trône, organe suprême après la Cour, a commencé par assurer l’intérim conformément aux règles traditionnelles en vigueur dans le milieu. Et il appartenait donc à ce Conseil que dirige Anani Thédore Kponton de mener à bien les préparatifs et les rituels dans la désignation d’un nouveau Roi. Cela, selon les aînés du milieu, est toujours fait avec la bénédiction des ancêtres. Mais, la mission du Conseil du trône a été écourtée par la nomination, contestée, d’un Régent.

Et naquit le conflit

Un groupuscule de quatre personnes, non mandatées, se sont retrouvées pour nommer de façon solitaire un Régent pour se substituer au rôle du Conseil du Trône a entonné le début d’un conflit béat entre les collectivités. Faisant fi de la tradition le régent Ata Kué Sipohon Gaba en question a mis en place un Comité de 6 membres à qui a été dévolu le rôle de choisir un Chef pour la communauté. Et le choix aura été porté sur le sieur Ahlonko Marc-Stéphane Bruce, comme l’aurait voulu ce dernier. La famille Kponton Quam Dessou a commencé par dénoncer une violation flagrante des us et coutumes. « C’est de là qu’a commencé toute la supercherie », a pesté Hermann Ohin Ata, un contestataire. Aussi, aucune des familles ayant proposé de candidat ne figure dans le fameux comité.

Selon les familles contestataires, les membres du comité en question n’ont aucun pouvoir, selon la tradition, de nommer un roi. Il fallait, disent-ils, respecter le processus traditionnel toujours adopté et qui consistait à laisser les familles princières nommer des candidats sur lesquels les ancêtres auront, à leur tour, à porter leur choix. En clair, c’est donc aux ancêtres qu’il revient de nommer un Roi pour la collectivité, après, bien évidemment, des rituels. Les contestataires n’ont cessé d’exprimer leur désapprobation vis-à-vis de ce choix qualifié d’ubuesque. Ils soulignent que le « choix du futur Roi des Adjigo revêt d’une importance capitale pour la communauté et doit se faire avec circonspection, dans la quiétude, avec un consensus général et dans une transparence totale afin que toute la communauté y adhère ».

Pour taire le conflit, un Comité de transition avait été mis en place. La famille Kponton Quam-Dessou indique que le choix porté sur le sieur Bruce n’est qu’une falsification de ce qui a été décidé à la réunion du Comité tenue le 08 mai 2010 au Palais Royal Nlinsi. Au cours de cette réunion avait été décidé que la fumée blanche ne sortira qu’après un conclave des familles ayant proposé de candidats. Et avec cette résolution, tous espéraient un retour au respect des us et coutumes. Le Roi Agokoli, président des chefs traditionnels du Togo serait en phase avec les contestataires, proposant un retour à la normale.

Et même plus loin, le roi d’Elmina au Ghana, Nana Kodwo Condua VI, gardien suprême des us et coutumes et des cérémonies d’intronisation des Adjigo a effectué ; le 27 mai dernier, une visite à Aného pour rencontrer les deux parties. Celui-ci  aurait mis en place des structures qui permettront un choix plus judicieux de celui qui va prendre en main les destinées de la communauté.

La Régence dans le mauvais rôle

Non seulement le régent Ata Kué Sipohon Gaba est contesté dans ses fonctions, il est aussi accusé d’encourager l’arbitraire. Mais, dans le but, dit-on, de contribuer à « ramener l’ordre, l’entente et l’harmonie des familles autour des Adjigo et Alliés autour du futur roi », le Docteur Ahlin Emmanuel Coffi Quam-Dessou, Chef de la famille Quam-Dessou Kuadjovih-Djiyehoue a opté « collaborer ». Seulement le régent se serait toujours contenté de violer les règles. Et, il insinue qu’il ne fait qu’œuvrer pour que « le trône soit pourvu, dans les délais impartis à la régence, d’un roi digne ». Or, pour le nonagénaire Emmanuel Coffi Quam-Dessou, « le délai légal imparti à la régence est indicatif surtout qu’il ne prend fin qu’après intronisation d’un nouveau roi »

De diverses correspondances échangées entre les contestataires et le régent démontrent à suffisance que malgré les contestataires, aucun consensus n’arrive à se dégager. Le régent a réfuté en bloc de revenir sur « la pratique traditionnelle qui consiste à choisir la personne qui doit assurer les attributs du roi dans la famille princière et seulement sur la base de ses qualités morales ».

Du côté des contestataires, tous les ingrédients sont réunis pour démontrer que le régent veut encourager un règne qui va plutôt diviser les fils et filles de sang d’une même communauté.

La goutte d’eau qui déborde le vase

Avec la visite du roi Condua VI, la communauté Adjigo nourrissait espoir en un regain d’apaisement et de respect des us et coutumes comme toujours souhaité. Mais contre attente, un décret présidentiel souligne reconnaître Ahlonko Marc-Stéphane Bruce comme Chef canton de la préfecture des Lacs. La Collectivité est divisée ; certains se disent étonnés de ce pas des officiels et vont jusqu’à souligner que la procédure est viciée car dit-on « avant de publier un décret, c’est la communauté qui présente son roi aux autorités officielles et non vice versa ».

La position des contestataires ne s’est pas fait attendre. « La famille Kponton Quam-Dessou ne cautionnera pas un Roi choisi à la manière dont il est procédé actuellement et déclare dores et déjà qu’elle n’accepterait jamais l’intronisation d’un tel roi », a martelé Tatagan Quam Ernesto Kponton, chef de la famille Kponton Quam Dessou et Alliés.

Il est rappelé que l’un des principes fondamentaux est que la succession au trône doit tenir compte du lien ancestral qui existe avec un roi défunt. « On ne choisit pas un roi sans trône ancestral », martèle-t-on du côté des contestataires. Et donc, contrairement à la tradition, la lignée du sieur Bruce s’est interrompue, et aucune enquête de moralité n’a été faite sur lui.  Autant d’éléments qui ne concourent pas à sa faveur pour être un Roi rassembleur.

Pour l’heure, le sieur Bruce serait contesté dans sa propre famille et la famille Kponto Quam-Dessou ne se dit pas encore prête à lâcher prise. Un bras de fer s’annonce et l’on risque d’avoir deux chefs pour le même canton. Seulement, l’un sera reconnu par le gouvernement alors que minoritaire quand l’autre ne sera pas reconnu mais recueillera une adhésion populaire.

Les parties contestataires ont adressé une correspondance au Chef de l’Etat à cet effet.  Elles estiment que le sieur Bruce fait partie d’une coterie qui ne cherche qu’à assouvir ses intérêts personnels.

Sylvio Combey

 

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