La littérature togolaise en danger: Yacoubou Hamadou complice de l’asphyxie des écrivains togolais ?


L’Etat togolais, allergique à la promotion de la littérature depuis la nuit des temps, étale aujourd’hui, sa noble et légitime ambition de faire enterrer cet art. Pour y arriver, des coups sordides sont orchestrés au sein même du ministère de tutelle et les acteurs sont présentement en grande discorde qui sûrement, ternira l’image du monde des lettres togolaises à la face du monde.

Sans la littérature, il n’y a pas d’intellectuels, par là, de présidents de la République, de ministres, d’ambassadeurs etc. Ils n’auraient pas eu la chance d’être là où ils sont aujourd’hui. L’universalité du rôle de la littérature dans le développement des sociétés, les autorités togolaises semblent l’ignorer, ce qui est vraiment lamentable. Il n’y a pas d’occasion dans ce pays où ces autorités ne citent dans leurs discours, des passages d’ouvrages occidentaux, oubliant que sans une réelle et bonne politique de la littérature dans leurs pays respectifs, ces auteurs ne leur auraient pas laissé des ouvrages qu’ils lisent depuis les bancs de l’école jusqu’à leurs bureaux. Que veut-on faire de la littérature au Togo ? Se demandent certains acteurs nationaux et internationaux, témoins d’un drame la semaine surpassée.

En effet, lors de la célébration du 51ème anniversaire de l’accession du Togo à la souveraineté internationale, il a plu au ministère des arts et de la culture d’initier une table ronde pour discuter de l’avenir de la littérature togolaise. Belle initiative, ignobles intentions, en ce sens que nul ne peut dire que cette table ronde a été salvatrice pour les hommes et femmes de lettres du Togo parce que d’abord organisée par quelques copains favorables aux fonctionnaires du ministère de la culture, notamment de la direction du livre, ensuite animée par un quarteron de soupirants à cet art qui, à vrai dire, sont animés par un esprit de division, de discrimination, d’individualisme et d’égotisme qui frisent le ridicule et l’inutilité absolue.

Tenue le vendredi 6 mai dernier, cette table ronde a été entourée d’iconoclastes, de régleurs de comptes, de régionalistes et de malhonnêtes acteurs de la littérature au Togo parce que ceux qui incarnent même la lutte effrénée pour une véritable promotion de cet art au Togo étaient systématiquement écartés, feintés pour des raisons que nul ne saura expliciter. Alors, les efforts de ceux qui se sont toujours illustrés par diverses initiatives novatrices et encourageantes dans le pays, sont noyés dans une insensibilité notoire à combattre.

A cette table ronde où devaient se retrouver toutes les structures tant étatiques que privées œuvrant dans le domaine, on n’avait remarqué que ceux qui animent des querelles de personnes au lieu d’idées, soutenues par des actions concrètes au sein de la corporation des écrivains. Des maisons d’édition qui sont trop chères sur le plan de la publication, sont allées vilipender les autres, comme cela a été le cas au moment où Ephrem Seth Dorkenoo était encore en vie. Cette véritable guerre entre maisons d’édition au Togo est de jour comme de nuit, d’actualité, alimentée par certains quidams qui ne pensent qu’à leurs propres intérêts. En voyant donc les Editions de la Rose Bleue de l’ancien ministre Ephrem Dorkenoo hors du marché depuis un jour lugubre du 27 avril 2010, des gens ont sauté d’allégresse, croyant pouvoir être désormais libres de taxer les auteurs et de faire leurs petites histoires dans le pays. Et comme par miracle, à la mort de cet infatigable éditeur inégalable malgré sa formation éditoriale sur le tas, d’autres maisons ont poussé comme des champignons et font un travail gigantesque, ce qui irrite inéluctablement d’aucuns, qui veulent à tout prix faire connaître leur colère, d’où la table ronde du 6 mai dernier. Et donc, c’était l’occasion à d’aucuns de fustiger en bloc, le travail titanesque que fournissent certaines maisons d’édition de la place. Aucun ouvrage littéraire ne peut jamais se passer des erreurs lors de l’édition. Mais si erreurs il y a, ce n’est pas par la délation ni des coups bas et rétrogrades que l’on doit les faire corriger. Cette mauvaise habitude de créer la discorde entre auteurs et éditeurs doit cesser au Togo.

Aussi, les Togolais étaient-ils éberlués de n’avoir pas retrouvé à cette fameuse table ronde plus distrayante que stimulatrice, ceux qui participent à la promotion de la littérature, ceux grâce à qui des auteurs sont sortis de l’ombre, tant sur la terre togolaise qu’à l’étranger. Cette rencontre qui normalement devait réunir tous les acteurs impliqués dans la promotion et la valorisation de la littérature togolaise, a rassemblé des copains de mêmes classes de pensées négatives. Pour la petite preuve, il y a par trop d’associations qui peuvent se substituer au ministère de la culture, et qui tiennent vraiment le coup dans la lutte pour sa promotion, et que l’on devait par force inviter le 6 mai passé. De ces associations, font partie celles appartenant à la classe des littérateurs. Le Groupe de Réflexion et d’Action pour la Promotion de la Poésie (GRAPP), l’Association Togolaise des Gens de Lettres (ATGL), le Club des Amoureux de la Poésie (CAPO) le Cénacle, Association de la Nouvelle Génération de Poètes Togolais etc. A cette table ronde, aucune de ces associations n’a été associée ni à l’organisation ni à la réalisation. Dommage !

Ainsi, l’on s’est malheureusement rendu compte que c’était dans le seul but de montrer une certaine volonté du ministère des arts et de la culture de s’intéresser désormais aux problèmes des écrivains togolais, que la mascarade de table ronde a été organisée. Et le maître de la maison, un novice de la chose culturelle on dirait, n’a pas demandé à rencontrer les différents et vrais acteurs de cet art avant toute initiative devant aboutir à la table ronde proprement dite. Le Ministre Hamadou Koumadjo Yakoubou est-il complice de cette injustice à l’égard de certains écrivains togolais ? Que lui a-t-on présenté comme base de données des acteurs et auteurs dans l’art littéraire au Togo ? Ce sont là quelques questions qui taraudent l’esprit des citoyens togolais ayant vu la scène de plus près.

Si l’on peut soutenir à gorge déployée que la nouvelle génération des écrivains togolais ne regroupe que des auteurs comme Kangni Alem, Edem Awoumey, Kossi Efoui, Sami Tchack, Germaine Kouméalo Anaté… tout simplement parce qu’ils auraient publié leurs œuvres chez Harmattan, Gallimard, bref à l’étranger, alors, il y a ce qu’on peut appeler la dérive suicidaire dans le regard de certains critiques littéraires et enseignants de l’Université au Togo. Si c’est le fait de publier son œuvre à l’étranger qui doit rendre un auteur crédible, les pédales sont en train d’être mélangés et il faudra tout revoir.

Quel étudiant du département de Lettres Modernes de l’Université de Lomé a été invité à cette table ronde, ne serait-ce que pour passer en revue ceux qui animent la vie d’un art qu’on lui apprend ? Aucun.

Lamentablement, l’initiative du ministère des arts et de la culture a échoué et doit être réorganisée pour vraiment faire les états généraux de la littérature togolaise.

Dans la foulée, nous avons approché quelques uns de ces auteurs écartés de la table ronde et qui promettent même de saisir le Chef de l’Etat à ce propos pour que les choses soient claires. « Comment peut-on organiser une activité qui nous concerne et ne pas nous y associer ? C’est vraiment dommage pour notre pays d’autant plus que c’est en ces derniers moments que cet art est en train d’être promu à pas de caméléon sur le territoire. Il faut cesser d’être régionalistes dans ce pays. L’individualisme est destructeur et c’est ce que les organisateurs de la table ronde de la semaine dernière ont voulu inculquer à la communauté littéraire au Togo. Nous n’allons pas leur laisser la main libre parce qu’ils ne savent que prononcer des discours tandis que les vrais acteurs sont sur le terrain en train de faire le travail qu’il faut ! », nous a confié un écrivain togolais. La littérature togolaise est en danger avec cette manière d’agir de ceux qui sont ses premiers promoteurs si l’Etat n’y pense pas vite.

En somme, Me Hamadou Yakoubou est convié à revoir les choses à son niveau pour réorganiser une table ronde de la littérature au Togo. Parce que les problèmes de la littérature togolaise sont nombreux et pour les résoudre ou les réduire, il faut rassembler tous les acteurs sans exception aucune.

Le ministre Hamadou aurait été plus applaudi s’il avait pu lancer un concours de littérature à l’occasion de l’anniversaire de l’indépendance du Togo comme l’a fait Dosseh-Anyron en 2006. Ce qui n’a pas été fait, sauf une table ronde qui a ressemblé à un carnaval mal préparé. L’idée d’une assise sur les questions liées à la littérature togolaise ne doit pas provenir des « régionalistes » ni des querelleurs réputés qui ont rendu la vie difficile aux écrivains depuis des années, mais de tous les acteurs impliqués qui ont le mérite d’exposer les vrais problèmes qu’ils rencontrent.

C’est après ce constat que l’on se demande si le ministre de la culture est complice de l’asphyxie des écrivains togolais, lui qui est le premier garant de cet art.

Kodzo Adzewoda VONDOLY,

Auteur Ecrivain Poète

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