Dossier : Calvaire à Tokpli (suite et fin) / Accouchement des femmes et approvisionnement en eau, un autre supplice


Faîtes un tour dans la préfecture de Yoto, précisément à Tokpli et ses environs et demandez aux populations leurs doléances chères, elles ne vous

Des femmes de retour de champs

réciteront pas un chapelet de besoins mais quelques préoccupations : la construction de bonnes routes, l’électricité, l’eau et des centres de santé pour se soigner. Cela ne veut pas dire que ces populations sont à l’abri de besoin mais ces trois besoins représentent leur calvaire de tous les jours, outre les viols perpétrés sur les femmes.

A près de 80 kilomètres au nord de la capitale, Lomé, les femmes se plaignent chaque jour des harcèlements dont elles sont souvent victimes au retour des marchés de nuit certes. Elles se plaignent aussi de leurs conditions de vie. Elles ne réclament pas une vie de citadin mais des conditions plus ou moins favorables qui pourront aussi amener les bras valides à ne pas se ruer vers la capitale. A la fin des récoltes des produits champêtres, c’est la croix et la bannière pour se rendre au marché pour faire couler ses produits, faute de voies praticables. En période d’intempéries, c’est le calvaire. C’est aussi l’inexistence de bonnes voies qui contraignent les femmes à accoucher à la maison, avec tous les risques que cela comporte. « Des fois la situation nous dépasse emmenant certaines d’entre nous à accoucher à la maison. Il arrive même que d’autres mettent bas en cours de route », confie une jeune dame qui dit s’appeler Ablavi Yawogan. Le cultivateur Dansou Assogbade reste encore nostalgique : « …humm…il y a encore quelques jours seulement un des mes frères est décédé en route pour l’hôpital. On a finit par le mettre en terre ».

Autant l’inexistence d’infrastructures adéquates crée de la hargne dans les familles, autant le manque de personnel soignant et d’infrastructures sanitaires en rajoutent. « Chez nous quand on est malade on a deux choix. Soit il faut aller à Afagnan ou à Lokossa au Bénin », a pesté le sieur Dansou Assogbade avant d’ajouter « Quand les femmes sont en travail, elles y (Lokossa ndlr) sont conduites en pirogue.» On comprend donc la désolation de ces populations quand le dispensaire de Tokpli est le seul dans la localité. C’est le seul qui dessert pratiquement tous les villages qui l’entourent notamment Atakpamé dé, Sika Kondji, Gogo Kondji, Akladjenou, Doumassi Kondji, Anyonli kondji, Avidouté kondji, kpokou Kondji, Tchakponou kondji, Degou Kondji, Adabiam, Logokpo, Trimé, Ahémégni kondji. La liste n’est pas exhaustive. Et là encore, ne travaillent qu’un infirmier qui s’occupe des patients et une accoucheuse pour les femmes enceintes. En cas de malaise, inutile de penser à l’ambulance, même les moyens de déplacement communément appelés « zémidjan » sont taxés et les quelques rares qu’on y trouve, de l’avis des autochtones surtaxent car eux aussi craignent ne plus trouver de clients au retour.

A cette panoplie de contraintes auxquelles font face ces populations s’ajoute l’inexistence d’une bonne eau de consommation. Pour Kugnido Ablam, secrétaire général de la préfecture, l’approvisionnement en eau potable est devenu quasiment impossible depuis quelques mois. Outre les populations  de Gogo kondji,  de Noussouvi Kondji, et d’Adabiam qui ont le privilège de s’approvisionner en eau de forage, les autres se contentent de l’eau du fleuve Mono et soutiennent : « Pour les maladies, nous sommes déjà habitués ». Ils disent ne pas  disposer de désinfectant. L’alternative, de l’avis des femmes, est de renverser l’eau dans la jarre et laisser poser au fond, les éventuelles saletés qui s’y trouvent.

Toujours comme dans les hameaux et coins reculés du pays, les populations de Tokpli et ses environs se déplacent la nuit à l’aide de lampe-tempête ou de lampe-torche. Même si ceux de Tokpli en disposent, c’est un véritable luxe ou réservé aux mieux nantis dans les villages les plus éloignés qui pour voir la nuit, n’ont d’autres choix que les lampions, même dans les chambres à coucher. L’électricité est une perle rare si ce n’est à l’entrée de Tokpli ou tout au plus à certains endroits à 6 kilomètres à l’intérieur. Même ceux qui en disposent confient que c’est un véritable parcours de combattant.

Un conducteur de gros camion nous confie « ces réalités n’égalent aucunement celles du grand nord ». Cela relance encore la nécessité pour les premiers responsables du pays de prendre au cœur de leur préoccupation, le bien-être des populations et axé leur politique de gouvernance sur une véritable sécurité humaine.

 

Sylvio Combey

 

 

 

 

 

 

Une Réponse

  1. Le gouvernement doit s’occuper de sa …

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