Interview exclusive de Ayayi Togoata Apédo-Amah réponds à Abass Bonfoh: « Je ne comprends pas qu’on puisse nier qu’il y ait eu des morts dans ce pays »


Dans une récente interview accordée à un de nos confrères, le président de l’Assemblée nationale, Président par intérim lors des massacres qui ont suivi au lendemain du décès de

Prof Apédo-Amah

nassingbé Eyadéma, a indiqué qu’il n’y a jamais eu de morts. Dans une interview exclusive, le professeur Ayayi Togoata Apédo-Amah, alors secrétaire générale de la Ligue togolaise des droits de l’homme (LTDH) persiste et signe : « je ne comprends pas qu’on puisse nier qu’il y ait eu des morts dans ce pays ». In extenso, la réaction de Professeur Apédo Amah, Togo Ata.

Quelle appréciation faîtes-vous de la déclaration du président de l’Assemblée nationale, soulignant qu’il n’ya jamais eu de morts lors des violences de 2005 ?

Il est facile de vérifier. Il suffit de consulter le rapport de la Ligue Togolaise des droits de l’homme (LTDH). A l’époque, nous avions la liste nominative de près de 350 personnes qui ont été tuées pendant les évènements et nous avons estimé que la LTDH ne couvrant pas tout le territoire togolais, il se pourrait qu’il y ait deux fois plus de morts que nous n’en avions recensé.

En plus, tout le monde n’as pas signalé ses décès, de Lomé à Cinkassé. Et, par rapport à cette liste nominative, nous avons estimé que l’ensemble des morts pouvait se chiffrer à près d’un millier. Il n’y a donc rien d’inventé. Lorsque nous avons donné notre première liste, le gouvernement comme à son habitude, a nié. Nous avons demandé qu’une organisation neutre vienne faire une enquête et grâce au soutien de Fédération internationale aux droits de l’homme (FIDH) et d’autres organisations de la société civile, nous avons pu toucher Kofi Annan qui avait accepté envoyer une mission d’enquête au Togo. Cette mission, après son travail, a dressé un bilan de 500 morts. La mission a auditionné les victimes, les femmes violées, les parents etc…des gens sont morts et qui appartenaient au RPT puisque c’était un affrontement entre milices. Par rapport à cela, je ne comprends pas qu’on puisse nier qu’il y ait eu des morts dans ce pays.

Donc pour vous, l’intervention du président de l’Assemblée nationale  n’est qu’une litanie de contre-vérité…

Et ben ! Le fait est que le RPT a toujours eu l’habitude de nier les crimes qu’il commet. On se demande alors pourquoi Faure Gnassingbé a mis en place la Commission vérité justice et réconciliation (CVJR) ? C’est par rapport aux morts de  2005. Mais comme il ne voulait pas que ce soit les crimes commis et qui lui ont profité d’aller au pouvoir, il a fait l’amalgame d’aller jusqu’en 1958. La mise sur pieds de la CVJR est déjà un aveu qu’il y a eu des crimes et d’ailleurs, les parents des victimes sont là pour témoigner. Si le président Abass Bonfoh  estime n’avoir pas donné l’ordre pour perpétrer les massacres, c’est probable. Il était Président par intérim mais on sait que le pouvoir n’était pas de son côté. C’est l’Etat major et Faure Gnassingbé qui pilotaient tout. Le rapport de l’ONU a écrit noir sur blanc que l’Etat major des forces armées togolaises a mis à la disposition des milices du RPT, deux mille (2000) militaires. Quand vous mettez des militaires dans des milices, ce n’est pas du tout pour caresser les adversaires.

Et pensez-vous que le climat sociopolitique qui prévaut au Togo puisse favoriser les dépositions en cours à la CVJR pour une véritable réconciliation ?

Moi j’ai toujours considéré la CVJR comme une anomalie. On n’a jamais jugé personne alors que des gens ont déposé des plaintes auprès des tribunaux et ont demandé à la Ligue de se porter partie civile. Quand les avocats ont insisté, le pouvoir a demandé que chaque victime verse dix ou douze millions de francs avant qu’on ne juge son affaire. Mais qui peut trouver ce montant dans ce pays pour faire juger son affaire à part les voleurs de la République. On remarque que personne n’a demandé pardon pour qu’on puisse pardonner. Il faut d’abors que les gens reconnaissent leurs crimes et pourtant des noms sont cités et personne ne veut prendre ses responsabilités. Mais, ça se comprend ? a qui a profité les crimes de 2005 ?  C’est Faure Gnassingbé et il ne veut pas scier la branche sur laquelle il est assis.

« Les poursuites doivent commencer par Georges Bush », a dit le Président Abass Bonfoh, dans l’ interview accordée à un confrère…

Aujourd’hui avec la justice internationale, les dirigeants massacreurs sont obligés de faire très attention et cela a fait que la peur a changé de camp. Avant, on pouvait tuer en toute impunité mais, maintenant vingt ou trente après, la justice peut vous rattraper. C’est la réalité. Au Togo, depuis 50 ans d’indépendance soit disant personne n’a été jugé pour les crimes qu’il a commis mais demain quand la situation sera favorable, il est possible que certains criminels soient rattrapés par les juridictions internationales.

Comme vous avez été sur le terrain pour mener vos enquêtes, quels sont les endroits où les exactions ont connu des pics ?

Lomé vient en tête, suivi d’Atakpamé et ensuite d’Aného ; la ville de Sokodé aussi. A ces quatre endroits, les violences ont atteints un paroxysme abominable. Des gens ont été massacrés, des maisons ont été cassées et brûlées, on a tout vu. A cette époque, le viol était devenu le sport national pour ces miliciens à telle enseigne que la personne la plus âgée parmi les personnes violées était une femme de 92 ans, dans un village proche d’Atakpamé.

Interview réalisée par Sylvio Combey ( source : Crocodilenews.net)

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