Interview/ Kofi Yamgnane: « Le gouvernement a compris qu’il ne sert à rien de maintenir le bras de fer avec l’opposition »


Dans une interview accordée à notre  journal, kofi Yamgnane, le Président de Sursaut-Togo revient sur les discussions tenues entre le FRAC et le gouvernement, vendredi dernier mais aussi des actions futures du Front.

Kofi Yamganne, porte-parole du FRAC

L’ancien maire de St-Coulitz s’exprime également sur les rumeurs faisant état de son entrée au futur gouvernement de Faure Gnassingbé

Outre les déclarations faites au sortir de la rencontre FRAC-Gouvernement, que retenir concrètement ?

Essentiellement, on peut retenir deux choses. Le gouvernement a compris qu’il ne sert à rien de maintenir le bras de fer avec l’opposition. D’entrée de jeu, le gouvernement a regretté ce qui s’est passé, allusion faite à la répression de mercredi, et qu’un togolais est un togolais qu’il soit du RPT ou de l’UFC et, qu’il faut l’éviter. Ce langage d’apaisement, je l’ai trouvé à la hauteur de la situation. Secundo, nous-mêmes au FRAC, nous sommes persuadés que nous avons gagné cette élection. Seulement, nous avons été empêchés d’exhiber nos éléments de preuve. Mais, ce que je vois moi personnellement, c’est l’intérêt du peuple…

Et cet intérêt, vous le connaissez ?

Ah oui! Ce peuple veut sortir de l’impasse dans laquelle il se trouve. Il ne veut plus être sous le régime RPT, aujourd’hui vieux de 43, et qui les gouverné.

Et comment comptez-vous le faire sortir ?

Il n’y a que deux formules. La première c’estl’insurrection avec tout ce que cela comporte comme blessés, morts ou blessés. Et puis la seconde est la voix de la négociation. Et moi, ma formation de Bassar et celle de la République m’interdisent la violence. Ce que moi je souhaite c’est qu’on prenne la voix de la négociation mais pour négocier il faut que chacun montre sa force. Il faut que nous aussi on explique que le peuple togolais est derrière nous. Quand on sort la première fois à Lomé pour marcher et on est 80 000, la deuxième on est 200 000 je vous garantie que samedi prochain, quand on appelle le peuple à sortir, on aura 300à 400 000 et l’intérieur va sortir juste pour montrer que les 61% que s’attribue le RPT sont plutôt avec nous. Et à partir de là, on peut négocier. Moi je ne veux pas qu’il y ait des blessés ou qu’il y ait des morts. Il faut qu’on aille maintenant vers l’éradication du sous-développement. C’est étonnant de dire qu’on veut donner de l’eau potable aux gens ou qu’a cette ère, on veut mettre de l’énergie dans les 4885 villages. Après l’indépendance, nous étions dans de meilleures conditions que le Bénin et le Ghana et on était largement mieux placé que le Burkina. Aujourd’hui, faîtes une comparaison avec l’état du Bénin et du Burkina. N’osons même pas évoquer le cas du Ghana.

Vous n’avez pas l’impression que les négociations au Togo n’ont jusqu’alors rien donné si ce n’est de véritables marchés de dupe ?

Je pense qu’on peut négocier autrement et par ces négociations, on peut si ce n’est de conquérir le pouvoir, arriver à un partage équitable. Je suis persuadé qu’on est toujours plus intelligent à plusieurs que tout seul. Le RPT  a montré ses limites. Il faut que d’autres intelligences viennent et nous, nous ne somme pas dépourvus de cerveau. Les Togolais partout dans ce pays, veulent participer et doivent participer. Les gens sont pleins d’idées pour que ça change et ça doit changer.

Pour vous le partage du pouvoir veut dire quoi ? Être des strapontins ou un partage avec des départements attribués aux personnes qu’il faut.

Ce que je suis entrain de dire est qu’on mette fin au népotisme, à l’ethnicisme et au régionalisme. Je veux qu’on utilise les talents du pays. Qu’on ne donne pas des postes mais qu’on donne des responsabilités à ceux qui sont capables de les assumer. Ici, ce n’est plus une question de partage de ministère mais une question de partage de tâche.

Cela veut dire que vous allez revoir l’ossature de l’administration togolaise …

Absolument ! On ne peut pas faire un gâteau dont on veut une forme particulière dans un vieux moule. Il faut tout réformer, l’économie aussi. Ce secteur aujourd’hui est un peu comme le schéma, comme vous le dîtes, la cerise sur le gâteau. Le Président mendie auprès de la Communauté Internationale, on lui donne et il partage aux autres et tout le monde attend que la manne tombe jusqu’en bas. Ce n’est pas comme ça que fonctionne une économie. Une économie, ça part du bas comme une racine nourrit la branche et les feuilles. Ce n’est pas la branche qui nourrit la racine. Il faut tout transformer et on n’a pas besoin de le faire dans la violence.

Cette stratégie que vous voulez adopter ne s’apparente-t-elle pas un peu au FRAC abdiquer à sa lutte de récupérer « sa victoire » comme vous le marteliez ?

Pas du tout ! il suffit qu’on arrive à démontrer notre propre force. La politique est aussi un rapport de force mais pas avec les fusils. La force de la politique c‘est la capacité qu’on a quand on est leader, qu’on et devant et quand on se retourne, on trouve un grand peuple derrière soi. Il faut qu’on créé ce rapport de force. Le RPT lui, a voulu tellement frauder qu’il est allé au-delà du raisonnable.

Le dialogue dont vous parlez, vous allez le faire sans intégrer le paramètre ‘armée’ ?

Si on prend notre rencontre de vendredi, l’armée était aussi présente.

Présente mais aux côtés du gouvernement…

Normalement une armée est toujours républicaine. Elle obéit à ce que le peuple a décidé. L’exemple de la France est palpable. Entre1958 et 1981, le pays est à droite. L’armée comme un seul homme est derrière la droite. Le 10 mai 1981, Mitterrand est élu et l’armée fait volte-face immédiatement et tourne derrière Mitterrand. L’armée doit obéir à ce que le peuple a décidé. Au Togo c’est à nous, hommes politique à amener l’armée à réfléchir différemment et à agir différemment. Dans notre contexte actuel on peut  le faire et il faut négocier.

Mais en Afrique on a comme l’impression que c’est un schéma tracé : élection, contestation et puis gouvernement d’union

Dans un pays démocratique, lorsqu’on gagne une élection, on prend le pouvoir. Il ne viendra à l’idée que le parti socialiste a gagné 22 régions sur 25 et qu’il va laisser gouverner par l’UMP. Quand on n’a peut pas atteindre cet idéal, il faut qu’on trouve des schémas pour qu’il n’y ait pas de violence.

Vous parlez de partage de pouvoir et un de vos amis Comi Toulabor, a lui aussi, commis un article indiquant que le RPT vous fait des yeux doux pour vous nommer Premier Ministre dans son nouveau gouvernement. Vous confirmez ?

Non, non, non ! Ça s’est faux. Archi faux ! Le RPT ne m’a jamais contacté ni directement, ni par personne interposé pour me proposer quoi que se soit. Je dis très nettement que c’est faux.

On dit très souvent que le mot ‘jamais’ n’est pas dans le vocabulaire politique. Alors vous n’irez jamais ?

C’est vrai il ne faut jamais dire jamais. On n’est pas en guerre. On est entre frère. Chacun doit faire un effort pour avancer vers l’autre. Ce dont j’ai peur est que quand on dit au RPT que vous avez gagné alors gouvernez tout seul, le pays va rester dans l’état où il est ou même empirer.  Dans l’intérêt du pays, puisqu’on veut que tout le monde apporte son intelligence, nous allons négocier.

A lire cette interview également ici

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