Interview sur le rapatriement des restes de Sylvanus Olympio/ Prof Goeh Akue : « C’est une opération électoraliste qui se met en place»


Si le chef de l’Etat togolais Faure Gnassingbé  place le rapatriement du corps de Sylvanus Olympio dans une optique de réconciliation, les historiens les perçoivent comme une opération électoraliste en préparation. C’est l’avis de l’historien Goeh Akue, Professeur à l’Université de Lomé. Il affirme aussi dans une interview accordée à notre journal que le chef de l’Etat n’arrive pas à maitriser l’armée.

Prof Goeh Akue

D’un œil d’historien, quelle lecture faites-vous du message du chef de l’Etat en l’occurrence le rapatriement de la dépouille de Sylvanus Olympio ?

 

Ce message est conciliateur et c’est de bon ton que le chef de l’Etat  puisse décider de rétablir la vérité historique car quelles que soient les circonstances, on ne peut pas nier que le premier Président démocratiquement élu  soit Sylvanus Olympio et donc je dis que c’est une décision sage. Mais, il faudrait que cette décision ne soit pas prise pour jeter de la poudre aux yeux des gens mais qu’elle se réalise. On a vu le cas du Ghana où Kwame N’krumah a été décrié mais on a fini par comprendre qu’il a joué un grand rôle. Non seulement on a rapatrié son corps mais on lui a construit un mausolée spécial. Je vois donc un mausolée fait à Sylvanus Olympio au Togo.

On est seulement à quelques semaines du scrutin, diriez-vous que cette déclaration est faite à des fins électoralistes ?

On peut le croire ! Tout dépend de quel crédit  de sincérité on accorde au chef de l’Etat.  Il y a beaucoup de choses qui ont été faites et qui montrent une volonté réelle de changement. Mais, l’autre revers n’est pas à déconsidérer étant donné que nous sommes à la veille de l’élection présidentielle et que nous cherchons une certaine alternance donc on peut croire que c’est une opération électoraliste qui se met en place. Même avec la mise en place de la Commission Vérité Justice et Réconciliation, on a l’impression que c’est de la poudre aux yeux. Bien qu’il y ait quelques résultats, les choses ne se passent pas à la vitesse qu’on aurait souhaitée. On aurait voulu que tout soit fait avant les élections mais malheureusement, l’impunité est restée totale. D’autre part, c’est peut-être aussi une façon de couper de l’herbe sous les pieds de l’Union des Forces de Changement (UFC).

Cette déclaration du Chef de l’Etat, certains l’ont qualifié d’unilatérale, Faure Gnassingbé n’ayant pas consulté la famille au préalable.

Faure Gnassingbé reste le chef de l’Etat et sa décision est politique. Maintenant il faut voir comment cette décision peut être opérationnelle avec les partenaires à consulter pour la rendre réaliste. Il n’est pas dit que cela soit fait avant le 28 février parce qu’il y a des questions diplomatiques à régler. On ne peut en aucun cas aller en terre béninoise et exhumer le corps de Sylvanus Olympio. En plus, nous sommes au Togo et nous avons des traditions. C’est des funérailles qu’on fait aux grands hommes. Il va falloir le faire pour que la réconciliation se fasse à un niveau élargi, parce que la réconciliation au Togo suppose une réconciliation à la base.

De l’autre côté si l’UFC refusait, y’a-t-il plus de chance que le chef de l’Etat leur fasse porter le chapeau de bloquer ce qu’il appelle ‘ouverture’ ? 

C’est possible que le RPT puisse l’utiliser comme une arme éventuelle. Mais il faut négocier. Qu’on le veuille où non, Olympio est le Père de la Nation mais il est issu d’une famille  politique qui existe encore. Et donc comme c’est une décision politique, il faut des négociations politiques.

Le chef de l’Etat dit s’inscrire dans l’optique de refaire le calendrier républicain. Le 13 Janvier prochain célébré dans un recueillement. Comment cela sonne-t-il dans vos oreilles ?

Ce n’est pas du nouveau. La célébration du 13 janvier depuis la Conférence Nationale Souveraine ne devrait plus être considérée comme une fête de la victoire d’un groupe sur l’autre ou une fête de libération. Malheureusement les caciques du pouvoir RPT ont continué par la maintenir. C’est donc une question des forces armées. Depuis la mort d’Eyadema, l’armée n’est plus au pouvoir officiellement mais officieusement, tout est régenté par l’armée. Tant qu’on n’aura pas réglé l’affaire de l’armée, on n’aura pas réglé l’affaire du 13 Janvier.

Voulez-vous dire que le chef de l’Etat n’arrive pas à maitriser l’armée ?

Mais c’est clair ! Jusque là, la légitimité que le chef de l’Etat a, lui vient de l’armée. C’est malheureux qu’on ait eu au Togo, en fin 2009, la convention de l’armée où le chef de l’Etat qui doit être garant de la neutralité nationale est parti dans les casernes et son discours montre très bien qu’il doit encore beaucoup à l’armée. A ma connaissance, nous sommes encore dans un régime militaire.

 

Interview réalisée par Sylvio Combey et publié dans le journal Crocodile

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