Le RPT met la main sur la CENI / L’opposition prise au piège d’un accord mal ficelé


Dire que les dés pour une élection crédible, transparente, et dont les résultats seront acceptés par tous en 2010 sont déjà pipés, ne serait pas coupable. Le dernier coup de force opéré par la majorité parlementaire nommant Kinam Henri Lardja Kolani, Président de la Commission Electorale Nationale Indépendante en l’absence de l’Union des Forces de Changement et du Comité d’Action pour le Renouveau, encouragé par le dernier conseil des ministres, en dit long. Nombreux sont les Togolais qui y voient une préparation frauduleuse des élections en 2010 et craignent déjà la recrudescence de violence lors des prochaines échéances. Une situation qui découle des dernières négociations de Ouaga où l’opposition est sortie totalement perdante. CENI.2

Certains observateurs avaient déjà averti qu’au Togo, les élections sont truquées en amont, afin de permettre au parti au pouvoir de conserver encore pour des décennies, le fauteuil présidentiel. Cette assertion se confirme de jour en jour, malgré la déclaration du Chef de l’Etat qui avait exprimé son vœu de suivre l’exemple du Ghana, si ce n’est donner aussi pour une fois, un exemple démocratique et se démarquer des amères expériences que les Togolais  ont toujours vécu lors de ces rendez-vous présidentiels.

Kinam Henri Lardja Kolani, Président de la Commission Electorale Nationale Indépendante, l’information a étonné plus d’un. Etonné, non pas mettant en doute le quotient intellectuel de cet homme du Parti Démocratique pour le Renouveau  mais sachant de quel bord politique s’est rangée depuis quelques années, cette formation politique qui s’est d’ailleurs fait éliminer de la scène par la population avec les élections législatives d’octobre 2007. Les circonstances de la désignation du Président de la CENI et le forcing du pouvoir à avancer en faisant fi des préoccupations de l’opposition préparent le Togo à une élection violente. « Les mêmes causes produisant les mêmes effets. » dit-on.

LE JEU TROUBLE DU RPT

Au moment où l’opposition parlementaire faisait des pieds et des mains pour dénoncer la mascarade électorale qui a accouché le Président de la CENI, le conseil des ministres  est venu entériner le choix contesté  de Henri Lardja Kolani. Un conclave ministériel organisé à une allure vertigineuse à moins de 24 heures, dès que le gouvernement a appris que l’opposition a saisi le facilitateur Blaise Comparé. Pour certains, c’est une stratégie propre au RPT de faire croire que le temps presse. « Mais à quoi cela sert de travailler avec un Président contesté ? » s’est plaint un autre homme politique sous le chapeau d’anonymat. Les arguments du porte-parole du gouvernement Pascal Akoussoulèlou Bodjona faisant état de  la nomination du Président de la CENI en conseil des ministres, a fait tirer les cheveux sur la tête. Ce n’était qu’un stratagème pour flouer l’opinion nationale et internationale. La plupart des observateurs doutent de l’indépendance de la Commission Nationale, si elle est dirigée par Henri Kolani du PDR, un parti satellite, parasite et saprophyte du RPT. Pour d’autres encore, du fait que c’est la CENI qui aura l’entière prérogative d’organiser et de superviser, pour la première fois, les élections, le RPT s’efforce de mettre les bouchées doubles pour ne pas éprouver des difficultés à la suite de ce rendez-vous de taille. La  Présidence de la CENI, à n’en pas douter, est un enjeu capital pour les élections. C’est le Président de la CENI qui assume les grandes décisions, c’est lui qui centralise les résultats, c’est lui qui dirige toutes les opérations et c’est lui qui proclame les résultats. C’est donc un poste très stratégique que le RPT vient de ravir à l’opposition, dans le plus grand amateurisme. Il était possible pour le RPT d’attendre l’épuisement des voix de consensus qui obligeait les délégués à recourir au vote, ce qui était naturellement en faveur du parti au pouvoir qui avait une majorité dominante à la CENI, ayant les partis de l’opposition extra-parlementaires dans sa poche et la société civile cooptée à ses services.

Même si on affirmait que, Tozim Potopéré, le représentant de l’Administration avait désisté de la course pour dit-on, « favoriser le consensus à la CENI, »  il faudra très vite déceler le coup bas du Rassemblement du Peuple Togolais qui voulait se passer d’avoir été animé de bonnes intentions, sachant bien qu’il a déjà placé ses pions. Et ce jeu s’est confirmé par le soutien de fer exprimé pour la candidature de Henri Kolani Lardja du PDR. « Monsieur Kolani est plus RPT que le RPT lui même », cette déclaration du Secrétaire Général de l’Union des Forces de Changement Jean Pierre Fabre en dit long.

Comment comprendre donc que le RPT puisse, en l’absence des autres représentés à la CENI, exiger la poursuite de la séance alors que celle-ci ait déjà été reportée au lendemain par faute de consensus ? Cela ne fait que montrer au grand jour, les intentions cachées de la mouvance présidentielle en 2010. Il était pourtant clair dans le Règlement Intérieur de la CENI que c’est le Président de séance qui ouvre les séances et les referme. Il n‘est pourtant souligné nulle part, que le rapporteur peut s’adjuger cette prérogative et relancer les débats qui avaient déjà été reportés. L’ancien ambassadeur du Togo Yao Agbo Bloua connaissant les manœuvres du parti au pouvoir s’est tristement illustré en jouant au chef d’orchestre. Le RPT se précipite pour lancer qu’il faut jouer contre la montre avec le retard noté dans l’organisation des élections. Visiblement, il faut déceler cette formule passe partout du pouvoir,  le Ministre de l’administration territoriale, Pascal Bodjona en avait fait un alibi lors du blocage observé au Cadre Permanent de Dialogue et de Concertation Nationale (CPDC), pour favoriser l’autre coup de force, modifiant unilatéralement le code électoral.

Le RPT ne pensera jamais céder la présidence de la CENI bien que depuis des décennies il s’est arrogé ce droit dont ont joui nommément, Abalo Petchelebia, Abdoulaye Yaya, Ahommey Zunu, et bien d’autres encore.

Le jeu trouble que les présidents de cette institution chargée d’organiser et de superviser les élections ont toujours joué reste toujours gravé dans la mémoire des Togolais.

Faut-il encore rappeler que lors des élections présidentielles de 1993, la présidente de la CENI d’alors, Madame Nana AWA a cédé sa  place au Ministre de l’Intérieur sur fond de menaces.

Le même scénario s’était observé en Octobre 2007, Tossim Potopéré qui n’arrivait pas à trancher sur cinq sièges, Codjo Delava, le représentant de l’UFC avait claqué la porte pour n’avoir pas signé le rapport lu par le Président Potopéré.  Ces différentes irrégularités ont toujours conduit le pays à des violences électorales.

L’OPPOSITION PRISE AU PIEGE

L’opposition parlementaire, représentée par l’Union des Forces de Changement et le Comité d’Action pour le Renouveau, devrait comprendre qu’en politique la franchise n’est pas de mise et que son adversaire politique n’a jamais été animé et ne sera sans nul doute poussé par cette volonté de céder la présidence de cette institution à la minorité parlementaire. « Le RPT donne avec la main gauche, mais tend l’autre main droite pour récupérer ses concessions », a lancé un togolais.

Depuis la nomination des membres de cette CENI, des voix se sont élevées pour fustiger ce pseudo accord de Ouagadougou. Organisation pour Bâtir dans l’Union un Togo Solidaire (OBUTS), lors de sa toute première rencontre avec la presse le 26 Août dernier, avait fustigé le déséquilibre profond entre le nombre de sièges détenus par le parti au pouvoir et celui de l’opposition parlementaire tout en réfutant que les trois sièges de l’opposition extraparlementaire soient préemptées par les formations parlementaires, sans aucune consultation des ayant droits. « Cette tendance des acteurs politiques à la bipolarisation de la société civile, est une tactique pour la fragiliser et l’empêcher de jouer, de manière efficiente, son rôle de veille et de contre-pouvoir », avait renchéri le Groupe de Réflexion et d’action, Femme, Démocratie et Développement (GF2D). Malheureusement c’est à ce triste théâtre que les Togolais sont en train d’assister. Le Parti Démocratique pour le Renouveau, plutôt que de jouer pleinement et réellement son poids de parti extraparlementaire dont il se réclame, préfère être à la solde du pouvoir, de se faire manipuler quand ses compagnons d’hier ont boudé la séance. Les dames du GF2D avaient précisé que « Il ne saurait y avoir de société digne de nom qui accepte d’être parrainée par quelque parti politique que se soit dans l’accomplissement de sa mission ».

De retour de Ouaga, l’opposition s’est félicitée du compromis trouvé, feignant de reconnaître qu’elle a été, une fois encore, roulée dans la farine. Une opposition qui se fait duper et n’arrive toujours pas à réorienter ses stratégies politiques alors que leur adversaire a plus d’un tour dans son sac. Il est consternant de voir qu’après près de cinquante ans d’indépendance, le Togo n’arrive toujours pas encore à régler ses propres problèmes. Il faut recourir chaque fois à l’extérieur avec des facilitateurs pour arriver à un consensus. Et quel consensus ?

LES LEÇONS A TIRER

L’opposition togolaise reste aujourd’hui bouche bée à contempler les tours de passe du pouvoir même si l’UFC appelle à une mobilisation populaire le week end prochain. Il est vrai qu’en politique, l’adversaire n’a aucun intérêt à faire des concessions qui ne l’arrangent. Le RPT sait qu’en cédant au scrutin à deux tours, qu’en renonçant au choix de Henri Kolani pour la présidence de la CENI ou qu’en remettant entre les mains de l’opposition les outils susceptibles de précipiter sa chute, il serait en train de donner l’arme à l’adversaire. L’opposition, de son côté, a toujours essuyé les coups de force du pouvoir sans, avoir jamais eu à développer des stratégies adéquates et adaptées face à un adversaire espiègle. Aujourd’hui mes observateurs de la scène politique se demandent si l’opposition irait aux élections si elle n’obtient pas la présidence de la CENI ou encore le scrutin à deux tours. Une inquiétude qui rappelle la responsabilité de l’opposition togolaise face au pouvoir RPT.

Dans ce bras de fer donc, il y a risque que les mêmes causes produisent les mêmes effets, c’est-à-dire que l’opposition n’aura de recours qu’à la rue pour se faire entendre, le RPT, aura à son tour recours à la force brute des armes et canons, comme il l’a toujours fait. Ce qui annonce les couleurs d’une élection contestée et violente.

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2 Réponses

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  2. A lire sur le même sujet : POURQUOI FAIRE DES ELECTIONS AU TOGO ? L’impossible candidature commune de l’alternance
    Sur le site http://amaizo.info

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