INTERVIEW LEOPOLD GNININVI: «Je dis que l’imbécile a droit à son opinion et…vous saurez si nous avons été du RPT ou pas… »


Sa position actuelle défraie la chronique. Opposant irrésistible au régime de Gnassingbé père, allié naturel de l’Union des Forces de Changement de Gilchrist Olympio, acteur principal de l’avènement du mouvement démocratique au Togo, le Secrétaire Général de la Convention Démocratique des Peuples Africains, CDPA, parti politique d’opposition est entré au Gouvernement depuis la signature de l’Accord Politique Global et y est à ce jour. Il promet quitter celui-ci au prochain remaniement. L’araignée, comme ses collègues aiment l’appeler, fait l’objet de vives critiques pour avoir choisi la logique participationniste. Il s’explique dans cette interview exclusive dans laquelle il donne sa position par rapport au RPT, son exclusion de la CENI, le congrès de son parti, la situation, politique actuelle, la candidature unique de l’opposition. Le Ministre de l’Industrie et des innovations technologiques a partagé avec nous son expérience du gouvernement et ses relations avec les leaders des partis d’opposition, notamment le CAR et l’UFC. Il promet des surprises après le congrès de son parti qui se tient le 19 septembre prochain.

Voici donc l’intégralité de l’Interview du Professeur Messan Léopold Gnininvi

 Professeur Léopold Gnininvi  Bonjour,

Professeur Gnininvi : Bonjour

 La CDPA aurait déposé sa démission du Gouvernement, vous confirmez ?

Professeur Gnininvi : Disons que cela va se constater dans les jours qui vont venir, nous en avons déjà parlé, nous attendons seulement que la nouvelle équipe sorte.

Leopold Messan Gnininvi Secrétaire Général de la CDPA

Leopold Messan Gnininvi Secrétaire Général de la CDPA

Il faudra comprendre que vous avez déjà déposé votre démission mais vous attendez qu’on vous réponde.

 

Je crois que c’est clair. J’attends incessamment la formation du nouveau gouvernement de manière qu’on puisse faire les passations de service parce que un ministère, c’est un peu comme une caisse. On ne  laisse pas la caisse comme ceci ; sauf s’il y a incident grave et donc j’espère que dans les jours qui vont venir nous pouvons passer le service.

 Et si ça ne vient pas, vous y restez…

J’espère que ça va venir et que ce ne sera pas le lieu d’un affrontement ou d’un incident.

 Des rumeurs circulent depuis quelques temps, alors dites-nous, vous-mêmes, les motifs de cette  décision.

Est-ce qu’on ne peut pas attendre que les jours à venir nous libèrent complètement pour savoir si c’est une rumeur ou pas ?

Monsieur le Secrétaire Général de la CDPA, de quel bord, se demandent beaucoup d’observateurs politiques, se situe votre parti,  la CDPA ?

De toutes les façons, la CDPA demeure toujours la CDPA à savoir son premier objectif : tout faire pour que la démocratie s’installe au Togo et que l’on ne s’enlise pas dans des affrontements de personnes tout le temps. Et c’est pour ça que tout en sachant le prix politique de notre participation au gouvernement, nous l’avons fait en patriote. Et je pense que tous les citoyens devraient réagir de la sorte : « créer les conditions pour qu’une vie démocratique normale se passe dans le pays. »

De l’autre côté, certains estiment que vous êtes des vendus, des pions du parti au pouvoir…

Je n’ai pas à répondre ! Je dis  que l’imbécile à droit à son opinion et dans les jours à venir, ils sauront si nous avons été du RPT ou pas.  Comment est-ce que la CDPA peut un seul instant être du RPT ? C’est pour ça je dis l’imbécile aussi a droit à son opinion.

Mais vous épousez les idées du RPT…

Vous connaissez la définition de la CDPA ? Vous connaissez son histoire ? C’est pour ça je dis que ‘seuls les imbéciles peuvent s’aventurer sur ce terrain là’.

D’aucuns pensent que vous êtes de ceux qui ont vraiment respecté les textes de l’Accord Politique Global (APG), en acceptant de faire partie du gouvernement, vous y adhérez ?

Je n’ai pas à adhérer, c’est le texte même, ceux qui se sont donnés la peine de lire le texte peuvent dire que nous avons tous souscrit à cet engagement de participer à une phase de gouvernement d’union nationale de manière à mettre en œuvre les recommandations parce-que dans notre pays il y a quand même des écueils à la démocratie. Tant qu’on ne les enlèvera pas il n’y aura que des faux problèmes. Et pour ça, nous étions unanimes à faire la liste de ces écueils, de ces obstacles ; on a fait la feuille de route et il fallait se mettre ensemble pour conduire la réalisation de la feuille de route et la CDPA a sacrifié à cela. 

Et la tâche, est-ce qu’elle a été assez facile pour vous quand vous êtes rentré au gouvernement ?

La tâche, elle ne pouvait pas être facile parce-que certains ne voudraient pas que cette feuille de route se conduise puisqu’à terme cela signifiera une modification de la vie politique au Togo. Et ceux qui sont habitués à un certain style, seront hostiles, ce qui est tout a fait normal donc ça n’a pas été tous les jours facile mais je crois que petit à petit, des barrières sont tombées, nous avons pu réussir un certain nombre de choses quand même.

2010, le rendez-vous présidentiel, la CDPA sera-t-elle présente ?

Ça c’est dans deux semaines, je pense au plus tard le 19 septembre, que  les Togolais seront édifiés. Il y aura le congrès du parti.

Et vous allez être reconduits…

Non il y aura des élections et ce sera des élections très ouvertes…

Transparentes…

Plus que transparentes en ce sens que les candidatures doivent être connues avant. Et ce sera sur liste, c’est-à-dire que chaque candidat qui veut prendre la direction du parti, doit présenter un peu les camarades qui doivent travailler avec lui et c’est la liste qui va l’emporter qui prendra la direction du parti.

Et quelle est votre appréhension de la candidature unique de l’opposition ? 

Je l’ai prônée dans le temps. On l’a même tenté en 1993 et nous avions choisi Edem Kodjo à l’époque mais les vicissitudes ont fait que nous n’avons pas été jusqu’au bout. Mais ce que je dis c’est que les partis politiques qui concèdent la place de candidat unique à quelqu’un, généralement perdent. C’est pourquoi dès 93, nous avons  imaginé de coupler la présidentielle avec les législatives à savoir si un parti concède la place de candidat unique de l’opposition à un autre, cet autre parti doit lui concéder des circonscriptions électorales et ne pas présenter de candidats contre lui dans ce sens. Mais généralement ce qui se passe c’est que le parti qui a été favorisé pour les présidentielles, veut profiter de cette dynamique et tout prendre en même temps. Donc tant qu’il y aura cette préoccupation, je crois que se sera difficile. Mais de toute façon, au-delà de la candidature unique de l’opposition, j’ai l’impression qu’on s’achemine vers une cohabitation entre les partis dominants. Et je pense qu’il faut s’attendre à des bouleversements après 2010.

 Sur la composition de la CENI, l’Union des Forces de Changement avait saisi la Cour Constitutionnelle  pour non-conformité. En réponse, la Cour a indiqué que  le choix des représentants des partis extra-parlementaires  nécessite une référence à l’Accord Politique Global (APG) du 20 Août 2006. Le code est revisité, vous vous sentez marginalisé ?

Marginalisé ? Non ! Je dis que c’est la preuve pour les Togolais que la CDPA n’est pas une aile marchande du RPT parce que si le RPT avait voté massivement pour la CDPA, ça aurait confirmé les soupçons de certains. Ce n’est pas le cas.

Et les négociations se font sans la CDPA, vous ne vous sentez pas lésé ?

Nous disons que ces négociations tournent autour des problèmes de personne. Ce que nous avons trouvé comme un incident malheureux dans notre cheminement vers la démocratie. Notre cheminement vers la démocratie c’était sur la base de principes et non sur la base de personnes. Quelque part, je me réjouis que les personnes puissent s’entendre pour sortir ces problèmes là de manière que dorénavant, on puisse parler des vrais problèmes du Togo.

Scrutin à un seul tour ou à deux tours, quelle est la position de la CDPA ?

Nous, notre position a toujours été celle de la constitution de 1992, à savoir, un scrutin à deux tours, surtout dans un pays où la démocratie est en construction ce qui permet de diversifier un peu le débat lors du premier tour. Nous tenons à ça parce-que c’est un peu ce qui se fait un peu partout pour permettre non seulement de dépasser l’affrontement entre seulement deux courants d’idées mais semer les idées qui doivent gouverner l’après-élection.

Quelles sont vos relations avec l’opposition parlementaire, nous voulons nommer l’UFC et le CAR.

Ils n’ont pas de relation avec moi, je n’ai pas de relation avec eux.

C’est la division ?

Non ? C’est l’ignorance cordiale, mutuelle.

Comment se porte aujourd’hui la CDPA.

La CDPA a du mal. Ça j’en conviens parce-que la CDPA a pris un chemin très difficile. Ça aurait été beaucoup plus facile pour nous de faire comme tout le monde et de laisser le chantier tel quel. Nous avons le sentiment d’avoir fait notre devoir, d’avoir fait énormément, d’avoir perdu beaucoup mais en tant que patriote d’avoir contribué énormément. Si aujourd’hui certaines concessions se remarquent, c’est parce que nous avons contribué à faire évoluer les mentalités.

La CDPA est en mal, Hilaire Logo Dossouvi n’est plus avec vous…

Il ne me l’a pas encore confirmé.

 

Interview Réalisée par Sylvio Combey et Carlos KETOHOU

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Une Réponse

  1. […] des ténors de l’opposition notamment Yaovi Agboyibo qui fut son premier ministre, et Léopold Gnininvi ministre de […]

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