INTERVIEW: CHARLES BIRREGAH « POUR UNE AUTOSUFFISANCE ALIMENTAIRE, IL FAUT UNE BOURSE AFRICOLE. »


Le Togo dispose enfin d’une bourse agricole. Pour en parler, le confrère Ambroise Dagnon a rencontré Charles Birregah, l’initiateur de la bourse agricole au Togo. Le Docteur en Economie, outre les raisons qui ont amené à mettre en place la bourse, ne va pas quatre chemins pour dénoncer certains maux qui annihilent le développement de l’Afrique, et du Togo en particulier. Lecture…

Dr cHarles Birregah

Dr cHarles Birregah

IS : Dr Charles Birregah qu’est-ce qu’une bourse agricole ?

Dr CB : La bourse agricole n’est qu’un marché où les gens viennent vendre et acheter des marchés agricoles. Ici, ce sont les producteurs qui vendent et les commerçants (grossistes) achètent. Ce qu’il y a lieu de souligner est que la bourse agricole est un marché modernisé et bien organisé. Et l’avantage qu’a une  bourse agricole par rapport à un marché traditionnel, est qu’elle démultiplie la capacité de vente et d’achat. On peut par exemple en un temps record, vendre et acheter d’importantes quantités de produits grâce) une bourse agricole, contrairement à un marché traditionnel où la capacité de vente et d’achat très limitée. La preuve : lors du lancement de notre site officiel qui a vu la participation de l’ANSAT et des représentants de groupements, de productions agricoles, nous avons enregistré plus de 6.000 tonnes de sacs (achats et ventes). Et tout cela en une heure. Vous voyez que c’est très fantastique ! pour me résumer, la bourse agricole n’est qu’un lieu de contrats, autrement dit, on ne vient sur ce marché avec des produits mais juste pour signer des contrats, suivi de la livraison.

IS : Docteur Birregah, dites-nous, comment l’idée de créer au Togo une bourse agricole a-t-elle germé en cous ?

Dr CB : Vous savez, j’ai fait un doctorat en finances à Lille2 en France plus précisément à l’école supérieure  des affaires. Et au cours de cette formation, nous avons eu à étudier la nécessité et l’importance de la bourse agricole. Alors très tôt, j’ai compris que cela manquait à mon pays le Togo ; et donc depuis que je suis revenu, j’ai toujours prêché cela et j’en ai toujours parlé autour de moi. Mais pour que cette idée puisse se cristalliser dans la matière, il a fallu le courage et l’intelligence du DG de l’ANSAT, le Col Ouro-Koura AGADAZI qui a compris que dans la mission à lui confiée et qui consiste pour lui à œuvrer à la sécurité  alimentaire des togolais, la bourse agricole était plus qu’un impératif. Et ensemble, nous avons fait du chemin pour qu’on arrive là aujourd’hui. Grosso modo, la création d’une bourse agricole au Togo est le fruit de la combinaison d’une idée émise par moi et de l’abnégation d’un homme qui veut vraiment œuvrer à la sécurité alimentaire au Togo. Vous savez, nous devons rendre à la nation, ce qu’elle nous a donné. Si j’ai été étudier en Europe, c’est grâce à mon pays qui m’avait accordé une bourse d’études. Ce que nous faisons aujourd’hui, c’est d’abord pour nous-mêmes mais beaucoup plus pour les générations futures.

IS : D’après vous, en quoi cette structure peut-elle contribuer au développement de l’agriculture au Togo ?

Dr CB : Ecoutez, c’est l’instrument privilégié pour développer l’agriculture. C’est vrai que le gouvernement fait beaucoup d’efforts, mais l’apport de la bourse agricole ne sera pas de trop. Elle va donc permettre de faciliter les transactions, la fluidité des transactions ; d’assurer l’approvisionnement des produits agricole auprès des consommateurs ; d’éviter la mévente de produits agricoles, d’augmenter la s sécurité alimentaire dans tous les sens du terme. Elle permettra également d’augmenter le pouvoir d’achat des producteurs agricoles, mais aussi la qualité de ces produits. Enfin, la facilité dans le transport des produits agricoles des zones de production jusqu’aux consommateurs et l’instauration des normes pour les produits passant nécessairement par une bourse agricole. L’Éthiopie est un exemple probant.

IS : Quels sont vos objectifs ?

Dr CB : Je dirai simplement que la bourse s’est fixé trois objectifs. D’abord il s’agit de confronter l’offre et la demande afin de dégager un prix d’équilibre afin de dégager un prix d’équilibre afin de permettre aux producteurs d’écouler leurs produits à un bon prix et aux acheteurs de s’assurer un approvisionnement serein à un prix stable sur le court et moyen terme. Il sera également question pour la bourse de donner une lisibilité aux quantités produites et à celles achetées  afin d’attirer les investissements privés vers les paysans. Enfin le troisième objectif est d’œuvrer au renforcement de la sécurité alimentaire, ainsi que je l’ai plus souligné haut, à la sécurisation de la livraison des produits agricoles.

IS : Docteur Charles Birregah, le développement économique d’un pays passe nécessairement par la présence d’un réseau routier consistant, mais l’état des infrastructures routières togolaises ne vous parait-il pas un obstacle à la réalisation de vos objectifs ?

Dr CB : C’est une question pertinente que vous me posez. En effet, c’est un problème réel, l’état désastreux de nos routes. Il faut absolument que l’état y réfléchisse sérieusement. Il  faut des grands projets de construction de routes avec de grands canaux pour l’écoulement des eaux, ce qui éviterait d’ailleurs à nos populations les inondations dont elles sont victimes, impuissantes. Je profite de l’occasion pour leur exprimer toute ma compassion.

IS : L’énergie, c’est aussi un autre problème pour le décollage économique de nos états.

Dr CB : Ecoutez, j’ai de la peine au cœur de savoir que les états africains ont des problèmes énergétiques. Et le soleil ? et le vent ? et les nombreux atouts naturels que regorge nos sous-sols ? Vous voyez, c’est paradoxal ! Pourquoi ne pas promouvoir d’autres sources d’énergie, les énergies renouvelables ? Mais bon, qu’est-ce que vous voulez ? le blanc, il est très intelligent. Il sait qu’en disant la vérité aux africains, il perdra toutes ses sources de revenue. Voilà pourquoi il préfère leur inculquer selon laquelle, l’énergie solaire par exemple est plus coûteuse que l’énergie hydroélectrique. Je pense qu’il est temps pour l’Afrique, comme la Chine, de prendre son destin en main.

IS : Revenons un tout petit peu sur la bourse elle-même. Comment allez-vous procéder pour recueillir des informations fiables de la part des organisations agricoles ?

Dr CB : Nous avons prévu pour cela, l’installation de trois types de bourse. Nous allons installer des bourses préfectorales où il y aura des pré-bourses aux céréales organisées en début de campagne pour informer et préparer les organisations paysanne (OP) aux échanges qui se concrétisent lors des bourses. Elles regrouperont des participants et permettront d’évaluer les offres et les demandes (groupage), de calculer  les coûts de revient des céréales et de préparer les OP aux techniques de négociation. Le deuxième type de bourse, ce sont les bourses régionales qui auront des mini-bourses par céréale dans les régions des régions économiques du pays. Elles seront organisées à l’intérieur des régions et concernent toutes les céréales. Elles regrouperont une quarantaine de participants et facilitent l’approvisionnement des poches déficitaires à partir des poches excédentaires, au sein d’une même région. Enfin, le troisième type, c’est la bourse nationale basée à Lomé. Elle aura pour charge de superviser les bourses préfectorales et régionales ; et jouera le rôle d’intermédiaire entre les vendeurs et les acheteurs sur l’ensemble du territoire national.

IS : Une dernière question ; s’agissant de la bourse nationale, est-ce qu’elle à un siège physique ? Si oui, où ?

Dr CB : Affirmatif ! Seulement, c’est un siège provisoire. Pour le moment c’est  le siège du cabinet AEC qui est en même temps celui de la bourse agricole. Mais dans les prochains jours, elle aura ses propres locaux.

IS : Docteur Charles Birregah,  merci.

Dr CB : C’est plutôt moi.

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