1ER ANNIVERSAIRE DE LA DISPARITION DE KOKOUVI ATSUTSE AGBOBLI/ LES ZONES D’OMBRE PERSISTENT, LE MUTISME COUPABLE DU GOUVERNEMENT


Il y a de cela un an, le vendredi 15 Août 2008, le corps du journaliste, historien, politologue Atsutsè Kokouvi Agbobli a été retrouvé sans vie sur une plage de Lomé. Défenseurs des Droits de l’Homme, hommes politiques, militants et sympathisants du Mouvement pour le Développement National (MODENA), combattants pour la liberté des peuples africains et tous les nationalistes togolais s’en rappellent comme si c’était hier. Les autorités politiques quant à elles, ne semblent pas se soucier

Atsutsè Kokouvi Agbobli

Atsutsè Kokouvi Agbobli

Depuis sa disparition tragique et le mystère qui l’entoure, la famille du défunt de même que la communauté internationale ne désarment pas. Ils ne cessent de demander une autre enquête qui devra être menée par une commission d’enquête internationale sous l’égide d’un organisme du système des Nations unies pour faire la lumière sur les zones d’ombre qui entourent la disparition du président du MODENA. Amnesty International, dans son rapport de mai 2009 sur la situation des droits de l’Homme dans le monde,  souligne que les « doutes  subsistent quant à la cause du décès ».Un an après la disparition de l’historien politique, que du flou a été servi aux togolais, ce qui fait penser à une main manipulatrice du pouvoir.

L’homme a disparu avec toute sa bibliothèque assez riche pour éclairer les togolais sur la gestion épouvantable qu’est faite du pays, de ces répercussions et des plans lugubres concoctés par le pouvoir pour enfoncer les togolais au plus profond de l’abime. Le cadavre du président du Mouvement pour le Développement National (MODENA) a été retrouvé, selon la version officielle, entre 03h30 et 04h30 et sans effet personnel à l’exception de ses mocassins et ses chaussettes. De l’avis de certains observateurs, l’état de dépression dans le quel se trouvait le ministre Agbobli avant sa mort, n’était nullement une raison pour qu’il pouvait aller à la plage en pleine nuit, avoir le temps de se déshabiller, et curieusement sans enlever ses chaussures, se jeter à l’eau juste dans la perspective de se donner la mort. « Même les malades mentaux de Zébé ne le font pas» a ironisé un autre. D’aucuns estiment que les vêtements que portaient l’ancien ministre de la communication, étaient une pièce maîtresse pour mettre à nue les instigateurs et les réelles circonstances de cette mort. Il a été dit aux togolais que le corps du politologue avait été rejeté par la mer, alors qu’en est-il de ses vêtements ? Où sont ces vêtements ? Pèsent-ils tant pour ne pas être rejetés par la mer ? Va-t-on dire à l’opinion publique que le ministre Agbobli s’est rendu à la plage dans une tenue d’Adam ? Voilà tant d’énigme qui entoure la disparition tragique de l’homme. Mais, très vite, on aura compris que le mystère n’a pas été dans les rangs des autorités togolaises qui, par l’entremise du Ministre de la Sécurité et de la Protection Civile le Colonel Mohammed Atcha Titikpina, se sont empressées de conclure à un homicide volontaire.

Dans un communiqué lu à la télévision nationale le vendredi 15 août 2008, l’ancien chef de la garde présidentielle du Général Gnassingbé Eyadema, avait fait dire que l’ancien ministre de la communication avait pris des substances nuisibles à la santé pour se donner la mort. On n’avait pas besoin de faire la Sorbonne pour comprendre que l’autre bras droit du chef de l’état avait voulu faire croire aux togolais que Atsutsè Agbobli s’est suicidé. Malheureusement pour l’équipe Titikpina, leur plat n’a pas été digéré par les togolais et par les membres de la famille même si au sein de cette dernière, avait même été énoncée des dissensions.

Les inquiétudes se sont beaucoup plus accentuées quand, le 16 août 2008 l’autopsie du Professeur Gado Napo-Koura, Docteur en médecine, requis par le Procureur de la République près le Tribunal de Première Instance, va en contrario de la première thèse officielle.  Les travaux du Professeur à la faculté Mixte de Médecine et de Pharmacie de l’Université de Lomé révèlent qu’« il ne s’agit pas d’une mort par noyade » et que « l’hypothèse d’une mort toxique probable, par intoxication médicamenteuse […] reste plausible ». Cette hypothèse ne prenant pas en compte des analyses toxicologiques nécessaires à la détermination de la nature chimique des substances ayant provoqué le décès, sera très vite réfutée par la famille Agbobli.

A la suite de la publication du rapport du professeur Gado Napo Koura, d’aucuns ont senti derrière cette affaire, une main noire du gouvernement, avec l’empressement du ministre Mohammed Atcha Titikpina à rédiger à main levée, un communiqué pour diffusion immédiate à la télévision nationale. Le mutisme du gouvernement en dit long. « Que cherche-t-on à cacher dans ce dossier ? ». Beaucoup de togolais se sont bien posés la question.

La contre-autopsie menée par le médecin-légiste américain Nizam Peerwani, va réveiller les consciences qui dormaient encore, sur les zones opaques qui entourent l’affaire. Pour le consultant de l’organisation non-gouvernementale Physicians for Human Rights mandatée par le Haut Commissariat aux Droits de l’Homme des Nations Unies, il y a suffisamment de signes qui indiquent que M. Atsutsè Kokouvi Agbobli est mort par noyade. « La mort de M. Atsutsè Kokouvi Agbobli n’était pas due à une intoxication médicamenteuse ou à des plaies traumatiques ou à une strangulation, à une suffocation, à des contusions par objets contendants ou tranchants ou à une électrocution» a-t-il conclut. Même ce rapport d’autopsie de l’expert américain, relève également l’« énigme » que constitue la découverte du corps « nu sur la plage » à l’exception de ses mocassins et ses chaussettes.

Aujourd’hui beaucoup de signes montrent que les membres de la famille du défunt ont perdu confiance en la justice togolaise. Ils veulent se remettre à la communauté internationale. C’est d’ailleurs ce qui aurait suscité la mise en place dans la diaspora, de l’Association pour la Mémoire d’Atsutsè Kokouvi Agbobli pour la signature d’une pétition afin d’attirer encore plus, l’attention du Haut Commissariat des Droits de l’Homme des Nations unies (HCDH). C’est quasiment de cette manière étrange manière que le Togo a perdu des dignes fils qui rêvent d’un véritable changement, des fils qui avaient une véritable soif pour la libération du peuple togolais d’un régime, qui, les a opprimé et fait traverser rien que des péripéties tristes et sombres. Et depuis lors, aucune lumière n’est faite sur les contours de leur disparition. Les instigateurs continuent par circuler librement, sans gène.

Selon certains observateurs de la scène politique nationale, le franc-parler de l’historien politologue l’avait emmené de  jour en jour à se faire révéler comme un gène du pouvoir, un pion qu’il fallait éliminer à tout prix pour gagner la partie et conserver encore le fauteuil présidentiel des décennies durant. “Le régime RPT est un régime militaire habillé en tenue civile, lorsqu’il rapportait que la posture au Togo est si avilissante que les vivants envient les morts”, clamait toujours le farouche adepte des droits de l’homme. L’homme n’allait pas par quatre chemins pour dénoncer la corruption qui gangrène l’administration togolaise, de même que les officines de la françafrique qui soutiennent le parti au pouvoir dans sa gestion catastrophique du pays. Les togolais ne se lassait pas d’écouter Atsutsè Agbobli affronter les mensonges principaux du RPT et de son président.

Un an après la découverte du corps inerte d’Atsutsè Kokouvi Agbobli sur une plage de Lomé, c’est le black-out total du côté des autorités togolaises. Ce mutisme est bien coupable. Aucune  action concrète n’est menée pour élucider les circonstances du décès de l’illustre historien. Le président Faure Essozimna Gnassingbé lors d’un récent voyage à Paris avait confié aux professionnels de la communication que des dispositions pratiques seront prises pour que lumière soit faite mais on comprend que c’était plutôt une stratégie pour rassurer les médias français et la communauté internationale. On en parle plus, comme si Atsutsè Agbobli n’était qu’un citoyen ordinaire et vulgaire qui a rendu l’âme. Atsutsè Kokouvi Agbobli a disparu comme beaucoup de Togolais dont la mort et la disparition restent encore gravées dans les mémoires. Tavio Amorin a été abattu, aucune lumière n’est faite aujourd’hui sur l’assassinat du leader politique. David Doe Bruce reste introuvable, le journaliste Folly Bertin du journal ‘La Parole’ enlevé, les dizaines de militaires jugés proches de l’opposition, Tokofaî, Gnongbo, dont le fils Sadat Gnogbo restent une situation traumatisante pour ses proches qui vivent dans la torpeur, l’impunité va grandissante au Togo. La dernière sortie du commandant de la gendarmerie, le Lt-Colonel Yark qui a conclu en substance « Vous n’avez encore rien vu » laisse transparaître que le Togo reste encore loin de cet Etat de droit et de démocratie.

Au Togo, à l’heure où l’hymne de la réconciliation nationale est chantée sur tous les toits, il urge fort de mener des actions concrètes et sérieuses pour faire la lumière, toute la lumière sur toutes les circonstances de disparition de ce grand défenseur des Droits de l’Homme. La commission Vérité Justice et Réconciliation devra plancher, aussi sérieusement sur le sort des auteurs et commanditaires de ce acte qui ne mérite plus d’être commis sur la terre de nos aïeux. Les cas laissés en suspens ont aussi besoin d’être élucidés

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