INTERVIEW- Me Zeus Ajavon : « Nous avons accepté spontanément de défendre Kpatcha Gnassingbé ».


L’honorable Kpatcha Gnassingbé, le frère du président de la République a été arrêté le 15 avril dans une affaire de tentative de coup déjoué dans la nuit du 12 au 13 avril. Il a été inculpé le même jour de « complot » et de « tentative d’attentat contre la sûreté de l’Etat »

Deux avocats togolais se sont constitués pour défendre l’ex-ministre de la défense.

L’Agence Savoir News a rencontré Me Zeus Ajavon – président du Collectif des Associations Contre l’Impunité au Togo (CACIT) – l’un des deux avocats.

Savoir News : Selon des informations parues dans les journaux ces derniers jours, Me Djovi  Gally et vous, auriez décidé de vous constituer pour défendre le député Kpatcha Gnassingbé dans l’affaire de tentative de coup d’Etat dans laquelle il est impliqué. Confirmez-vous cette information ? Et si oui, qu’est-ce qui vous a motivé à prendre cette décision?

Me Zeus Ajavon- Président du CACIT

Me Zeus Ajavon- Président du CACIT

 Zeus Ajavon : Oui je confirme l’information. Nous avons décidé en effet de défendre Kpatcha Gnassingbé dans l’affaire d’attentat contre la sûreté de l’Etat pour lequel on l’accuse. Nous n’avons pas décidé nous-mêmes de le faire. Même si l’envie m’avait pris, je ne l’aurais pas fait. C’est une affaire très délicate. Nous avons été constitués par les parents de la victime notamment son épouse qui vivait avec lui.

Savoir News : Pouvez-vous nous donner son identité?

Zeus Ajavon : C’est sa femme qui vivait avec lui et qui lui a fait des enfants. Je ne vais pas vous donner de son nom. Retenez juste que c’est la femme qui vivait avec lui et qui était juste partie la veille pour emmener les enfants chez des parents et qui n’était pas là quand les événements se sont produits au domicile de Kpatcha. C’est cette épouse là qui nous a constitués. Nous avons accepté spontanément de défendre Kpatcha Gnassingbé.

Savoir News : Pourquoi? Vous avez sûrement vos raisons.

Zeus Ajavon : Moi personnellement, j’ai deux raisons fondamentales. La première raison est que Kpatcha Gnassingbé est un député. Vous savez, j’ai été député moi-même et j’ai failli être poursuivi, être arrêté de cette façon là, mais heureusement que les procédures pour pouvoir arrêter et enfermer un député avaient été respectées à l’époque. Un député, lorsqu’il doit être poursuivi, sauf cas de flagrant délit, doit nécessairement faire l’objet de levée d’immunité parlementaire avant qu’on ne l’arrête et qu’on ne l’enferme. Or, en l’espèce Kpatcha Gnassingbé n’a pas fait l’objet de levée de l’immunité parlementaire. On a donné l’argument d’un flagrant délit. Il n’y a pas flagrant délit en l’espèce. Donc il y a violation de ses droits de député. Aujourd’hui si on laisse faire, il y aura des tas de députés considérés comme des indésirables et dont on ne veut plus qui vont endurer la même situation à l’Assemblée nationale. Donc pour le principe, j’ai décidé de défendre Kpatcha Gnassingbé. La seconde raison est que ses droits sont bafoués en ce moment. Il est enfermé au secret depuis plus de 70 jours maintenant et c’est inacceptable.

Savoir News : Avez-vous déjà discuté avec lui une fois, après son arrestation?

Zeus Ajavon : Depuis jeudi dernier que je me suis constitué et envoyé ma lettre de constitution, j’ai demandé à le rencontrer immédiatement. Nous sommes en train de nous organiser pour le rencontrer.

Savoir News : Ce qui veut dire que jusqu’au jour d’aujourd’hui vous ne l’avez pas rencontré?

Zeus Ajavon : J’ai rencontré le juge d’instruction dans ce sens là, et le procureur de la République. On m’a promis que je le rencontrerai ce mercredi dans la matinée. Et nous espérons beaucoup, nous les deux avocats, voir Kpatcha pour pouvoir dire comment il se porte.

Savoir News : Donc vous serez avec Me Djovi Gally (votre collègue) ce mercredi chez Kpatcha ?

Zeus Ajavon : Absolument.

Savoir News : D’aucuns attribuent votre décision à une revanche politique de l’opposition sur le pouvoir surtout que vous êtes tous deux, de l’opposition. Que répondez-vous ?

Zeus Ajavon : Quelle revanche politique? Je suis avant tout un combattant de la liberté, un combattant des droits de l’homme. Pour moi,  la liberté n’a pas de prix. Au CACIT, nous défendons les victimes de 2005 qui venaient de tous les bords politiques. Nous avons des dossiers sur les victimes membres du Rassemblement du Peuple Togolais (RPT, le parti au pouvoir)  qui ont subi des violences en 2005. Nous défendons leurs cas également comme nous défendons ceux des autres. Je suis défenseur des droits de l’homme et pour moi, chaque fois que les droits des citoyens sont bafoués, je suis prêt à battre quelle que soit la personne.

Savoir News : Selon certaines rumeurs,  Kpatcha Gnassingbé serait malade. Avez-vous cette information ?

Zeus Ajavon : Non, puisque personne ne l’a rencontré jusqu’à présent.

Savoir News : Même pas auprès de sa femme, celle qui vous a contacté?

Zeus Ajavon : Sa femme non plus ne l’a pas rencontré. Il n’y a que quelques organisations de droits de l’homme avec le bureau local du Haut Commissariat des Nations Unies pour les Droits de l’Homme et trois associations des droits de l’homme du Togo qui l’ont rencontré, il y a quelque temps déjà. En dehors de ceux-là, personne, ni les membres de la famille, ni la femme, ni la femme, ni personne   n’a rencontré Kpatcha Gnassingbé. Moi j’ai eu l’opportunité de rencontrer l’un des co-accusés en la personne du Capitaine Adjinon,  parce que je suis également l’avocat d’une demi-douzaine d’inculpés dans cette affaire. Le  Capitaine Adjinon  m’a dit qu’il n’y est pour rien ;  ni impliqué de près ou de loin et qu’il ne sait même pas si quelque chose a été préparé. Pour Kpatcha Gnassingbé,  je ne peux pas vous dire si oui ou non il est mêlé à cela. C’est lorsque je l’aurai rencontré, que je saurai s’il est mêlé à  cette affaire ou pas.

Savoir News : Comment se portent-ils,  le Capitaine Adjinon et les autres inculpés?

Zeus Ajavon : En tout cas l’état général n’est pas mauvais, sauf qu’ils se plaignent de ne pas sortir depuis qu’ils sont incarcérés. Celui que j’ai rencontré, c’est une seule fois qu’il est sorti. C’est la seule fois où on l’a emmené au tribunal chez le juge d’instruction pour que je le vois. C’est la première et dernière fois qu’il était sorti. Et ça,  c’est une torture lorsqu’on vous enferme et que vous ne savez pas quel temps il fait dehors. C’est atroce, c’est pire qu’une torture physique.

Savoir News : D’aucuns estiment que la procédure judiciaire est lente. En tant  que praticien du Droit, comment appréciez-vous cette procédure ?

Zeus Ajavon : La procédure n’est pas si lente que ça.  Je dirai qu’elle est normale. C’est parce que le sujet est brûlant et sensible que les gens peuvent appréhender les choses de cette façon. Mais en général au Togo, la procédure judiciaire est lente. Il y a des gens qui font deux ans trois ans sans jamais être entendu par le juge d’instruction  – ce qui n’est pas normal. Parfois ils sont invités par le juge une seule fois et l’affaire reste là,  on ne les appelle plus. Ça traîne jusqu’à ce qu’un avocat  tempête avant qu’on ne recommence l’instruction. En tout cas au Togo, l’instruction a toujours été lente.

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