AFFAIRE KPATCHA GNASSINGBE – « Le pouvoir RPT à la croisée des chemins » titre FORUM DE LA SEMAINE.


L’affaire Kpatcha Gnassingbé  fait encore remuer les  plumes de nos confrères du  Journal Forum de la Semaine. Cette fois-ci ils titrent « Le pouvoir Rpt à la croisée des chemins. »

Entre un procès à haut risque et un règlement politique, le cœur de Faure Ganssingbé balance.

Depuis l’annonce, il y a bientôt deux semaines d’un coup d’Etat avorté contre le régime de Faure Gnassingbé, une certaine torpeur semble s’être emparée des Togolais à tous les niveaux. Les opinions publiques nationale et internationale ont du mal à accréditer la thèse du complot. Trop de questions restent toujours sans réponses et l’on doute à raison que l’enquête judiciaire puisse véritablement changer la donne.

 

L’insistance avec laquelle les Chancelleries étrangères, les organisations de défense des droits de l’homme et la classe politique exigent le respect scrupuleux du droit à la fois dans le traitement des accusés et dans la conduite de la procédure tend à mettre en difficulté l’entourage du pouvoir. Il sera quasiment impossible de traiter cette affaire comme cela se faisait du temps d’Eyadéma. A tous les niveaux et dans toutes les sphères, l’embarras semble général.

 

On ne peut qu’être d’accord avec notre confrère « l’Union » lorsqu’il écrit dans sa dern

ière édition que : « le premier adversaire de Faure Gnassingbé reste son propre camp politique…et familial. Les auteurs et complices de l’atteinte à la sûreté de l’Etat ont visiblement pris le temps de s’enraciner. ». Un haut responsable du RPT est allé plus loin pour reconnaître que les personnalités les plus loyales vis-à-vis du Chef de l’Etat sont celles de l’Opposition qui ont décidé de soutenir le Président dans sa politique de réformes.

 

Comme on le voit, même dans les arcades du pouvoir, on doute de plus en plus de la thèse du coup d’Etat manqué en accréditant plutôt le coup monté par les nombreux « caméléons » qui entourent Faure Gnassingbé. Souvent, les mêmes qui disent soutenir la politique réformatrice du Président, sont les premiers à conseiller à Faure  Gnassingbé de tout faire pour éliminer son frère avant que celui-ci ne l’élimine et n’offre le pouvoir à l’Opposition. Et vice versa de façon à ce que ceci est devenu un fond de commerce de l’entourage des deux hommes qui privilégie les délations et autres mensonges pour obtenir des gains faciles.

 

Tous les observateurs considèrent que le plus embarrassé dans cette affaire, c’est Faure Gnassingbé. Le Chef de l’Et

at serait tombé pieds et poings liés dans le piège béant des va-t-en-guerre de son propre entourage, plus soucieux de préserver des avantages et positions personnels mal acquis que de soutenir la politique réformatrice du Président.

 

Ainsi que nous l’écrivions dans une de nos dernières éditions, tous les stratèges militaires sont formels pour dire qu’un coup d’Etat contre le pouvoir de Faure Gnassingbé ne pourrait réussir sans des soutiens en béton et des complicités très fortes, civils et militaires au cœur même du système. Le Président se serait visiblement laissé enfermer dans une impasse dont on voit très mal comment il pourra se sortir indemne.

 

Cela fait dire à certains observateurs avisés que, malgré le voeu du Chef de l’Etat d’une justice qui s’exerce dans la fermeté, le moindre mal pour lui, serait que le procès des présumés auteurs du coup d’Etat manqué, présenté d’ores et déjà comme le procès du siècle, n’ait jamais lieu et que Kpatcha Gnassingbé et ses présumés complices soient libérés au plus vite. Cette position semble se fonder au moins sur quatre éléments d’analyse.

 

+Dimension familiale

Le premier élément est d’ordre familial. Avant cette affaire de coup

d’Etat manqué, il y aurait au sein des héritiers du feu général Président Eyadéma, un contentieux lié au partage de la manne financière léguée par le « Vieux » et que Faure Gnassingbé se refuserait à répartir entre ses frères et sœurs.

 

« Non pas qu’il voudrait faire main basse sur le magot. Le Président voudrait que, à l’instar de tous les Togolais, ses frères et sœurs apprennent à gagner leur pain à la sueur de leur front au lieu de se reposer continuellement sur la rente familiale. Connaissant le degré d’oisiveté de certains des progénitures Eyadèma et le train de vie qu’ils affichent, il va sans dire que, les milliards donnés à certains enfants Eyadèma, seraient dilapidés en quelques semaines. La crainte justifiée de Faure Gnassingbé, c’est que, après avoir fait partir en fumée leur héritage, les mêmes frères et sœurs et leurs progénitures se retrouvent à la charge du Président» nous confiait un proche collaborateur du Chef de l’Etat pour qui, Kpatcha serait  le chef de file des « répartitionnistes », et aurait réussi par ce biais, à mettre de son côté, une large majorité de ses frères et sœurs.

 

Pour lui, Faure Gnassigbé est très attaché aux vertus familiales comme il l’a signifié dans son discours, toutefois, «  il ne pourra laisser la famille Gnassingbé s’installer irréversiblement dans la division sans que cela ne lui porte préjudice sur le plan personnel et surtout politique. Il lui faudra convaincre ses frères et sœurs que le Togo ne peut plus continuer à être gérée comme la propriété personnelle des Gnassingbé et que, la seule façon pour les Gnassingbé, demain de vivre libre comme tout Togolais, est de faire évoluer le pays vers la démocratie et la bonne gouvernance avec, comme conséquence possible, qu’un jour, le pouvoir puisse changer de camp » a-t-il tenu à martelé. Mais d’aucuns pourrait se poser la question de savoir si Faure Gnassingbé peut-il faire ce travail de pédagogie familiale en maintenant certains membres de sa propre famille en prison après les avoir traduits en justice, fût-il au nom de la raison d’Etat ?

 

+Dimension du clan

Le deuxième élément d’analyse qui fonde la position  des observateurs est également familial, mais avec cette fois-ci la famille prise au sens le plus large. Famille politique, famille militaire et famille ethnique. Dans un peu plus de deux mois, démarreront dans la Kozah, les « Evala », les luttes traditionnelles Kabyè. De son vivant, Eyadéma avait fini par faire de cette manifestation, le haut lieu de l’unité, non seulement des Kabyè, mais aussi du système RPT dans toutes ses composantes.

 

Suite à l’appel au soutien populaire qu’il a lancé dans son discours à la nation, on s’attendait à un déferlement des marches et motions de soutien en faveur du Président. Jusqu’à présent, il n’en est rien et pour cause. Dans la partie septentrionale du pays, les Préfets, les Chefs traditionnels et les populations sont des bénéficiaires assidus de la grande générosité de l’honorable Député Kpatcha. Personne ne sachant de quoi demain sera fait, tout le monde se donne de bonnes raisons d’être circonspect ou, au moins prudent.

 

Chef de l’Etat et du Clan au pouvoir, Faure Gnassingbé, qu’il le veuille ou non, se trouve être de fait, le Chef de la communauté Kabyè. L’unité du peuple Kabyè repose sur ses épaules. Un procès n’impliquerait pas que des Gnassingbé. D’autres Kabyè, alliés ou serviteurs de toujours du clan Gnassingbé se trouvent parmi les accusés.

 

Un procès et les inévitables condamnations qui en découleraient, feraient de Faure Gnassingbé, le plus grand diviseur commun du peuple Kabyè et même des populations du nord Togo, cE2est-à-dire, l’essentiel de l’électorat du futur candidat Faure Gnassingbé. Du reste, il est de notoriété publique que l’actuel Président ne doit ses « victoires » électorales à la présidentielle et aux législatives, qu’à la main mise de son frère Kpatcha

 

+Dimension de l’armée

Le troisième élément d’analyse pris en compte par les observateurs concerne l’Armée, l’autre composante essentielle de la « famille élargie ». Comme nous l’écrivions précédemment, un coup d’Etat contre le pouvoir de Faure Gnassingbé ne pourrait réussir sans des soutiens et des complicités très fortes au sein du commandement militaire lié au cœur même du système.

 

L’honorable député Kpatcha a été un très influent ministre de la Défense. Bien avant sa nomination au poste de ministre de la Défense, il était chargé par son défunt père de mener bien des affaires en matières militaires pour le compte des FAT ou pour le compte de son père. En plus, n’aurait pu être nommé au poste très sensible de la Défenses nationale s’il n’avait pas bénéficié de l’aval du commandement militaire. Son éviction du gouvernement nE2a pas pu faire l’unanimité au sein de l’Armée.

 

C’est dire que Kpatcha Gnassingbé devrait avoir conservé de vrais amis au sein du commandement militaire. Les Chefs militaires ont donc beau réitérer leur allégeance au Chef suprême des Armées, il n’empêche qu’un procès en bonne et due forme pourrait en éclabousser plus d’un, si Kpatcha Gnassingbé se décidait à parler en les regardant les yeux dans les yeux. « Ce garçon est un fou. S’il y a un procès, il est capable de venir déverser sur la place publique, tous les secrets d’Etat qui pourrait éclabousser même son frère Président », a déclaré un officier à la retraite.

 

Les militaires arrêtés ne sont que des menus fretins, incapables de lever la moindre petite patrouille de deux ou trois hommes. Selon un officier supérieur des FAT, dire que ces petits peuvent faire un coup d’Etat, est une insulte aux FAT dans leur mission de protection et de sauvegarde des institutions.

Et puis, il y a des aspects techniques qui font dire à de nombreux spécialistes militaires que le dispositif connu à ce jour ne peut pas être celui d’un coup d’Etat. Faure Gnassingbé aurait-il intérêt à laisser se dérouler un procès qui consommerait des divisions au sein de =0

Al’Armée et discréditerait davantage notre pays et le seul corps organisé dont il dispose ? Rien n’est moins sûr.

 

+Dimension politique

Le quatrième et dernier élément d’analyse est d’ordre politique. 2010 n’est pas loin. Le 13 Avril 2009 aurait pu être pour Faure Gnassingbé, ce que le 24 Janvier 1974 avait été pour son défunt père Eyadéma,, à savoir, l’occasion d’une irréversible ascendance politique fondée sur un soutien populaire réel.

« De toute évidence, il y a aujourd’hui au sein du pouvoir RPT, pris dans son sens le plus large, un impitoyable affrontement entre un

courant réformateur et moderniste incarné par Faure Gnassingbé et un courant conservateur pur et dur désireux avant tout, de ramener le Togo aux temps forts de la dictature et de l’Etat de non droit, incarné par Kpatcha Gnassingbé » affirme-t-on dans l’entourage de Faure Gnassingbé. « Faux », rétorque un proche de Kpatcha qui nous a contacté de l’extérieur du pays. Il soutient que qui veut tuer son chien l’accuse de rage car pour lui « ces arguments sont avancés pour éloigner Kpatcha du peuple ». Il affirme sans ambages que « même si Kpatcha  est prêt à mettre les moyens pour ramasser=2

0les dividendes de ces reformes », ce qu’il reconnait à cause de ses intérêts, il n’est pas prêt à croire que Kpatcha, tel qu’il le connait depuis plus d’une dizaine d’années, est foncièrement opposé aux réformes.

 

+Petite honte vaut mieux que…

Au lieu d’un procès au grand jour dont personne ne peut aujourd’hui prédire les dérapages et les conséquences, Faure Gnassingbé aura certainement à cœur de profiter de l’opportunité du moment pour poser à la face des Togolais, de l’Afrique et de la communauté internationale, le problème politique qui divise le clan Gnassingbé et la famille RPT incluant l’Armée.

En mettant en avant la rivalité entre Réformateurs et Conservateurs, le Président déplacerait le problème du terrain des querelles familiales sur le terrain politique. Autant les Togolais et la communauté internationale seraient à l’aise pour soutenir un Président réformateur face à des conservateurs rétrogrades, plus les opinions nationales et internationales auraient du mal à prendre parti dans une querelle qui se déroule dans une famille que la grande majorité de nos compatriotes tiennent pour responsable de tous les malheurs de notre pays.

Nul doute qu’en ce moment, entre un procès à haut risque et

un règlement politique, le cœur de Faure Ganssingbé doit balancer. La grande équation qui se poserait dans ce cas au Président résiderait dans la manière d’opérer le virage vers le politique après avoir clamé haut et fort sa préférence pour la fermeté judiciaire. « La raison d’Etat » et « l’intérêt supérieur de la nation » sont généralement les réponses appropriées en de pareilles circonstances.

 

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :