DIMAS DZIKODO ET L’ANALYSE DE L’AFFAIRE KPATCHA GNASSINGBE


Dimas Dzikodo Directeur de  publication de Forum de la Semaine

Dimas Dzikodo Directeur de publication de Forum de la Semaine

Dimas Dzikodo, le Directeur de Publication du journal Forum de la Semaine fait son analyse de l’affaire Kpatcha Gnassingbé. Il énonce également dans les lignes à suivre, la stratégie que pourrait mettre en place la machine RPT pour soutenir leur patron…

 

Des armes et beaucoup de questions sans réponses

Comme on s’y attendait, le Procureur de la République, Robert Bakaï, et le Commandant de la gendarmerie responsable des perquisitions, Amana Kodjo, ont présenté jeudi dernier au camp de la gendarmerie nationale à Lomé, les premiers résultats des perquisitions menées aux domiciles des présumés coupables, dont celui de Kpatcha Gnassingbé.

Armes de guerre, Jeeps de combat, fusils à lunette, fusils de chasse, téléphones satellitaires, pistolets mitrailleurs, postes émetteurs-récepteurs, treillis, fausses plaques d’immatriculation, gilets pare-balles etc. auraient été saisis et présentés aux médias. Pour les profanes que nous sommes, cela paraît impressionnant. Tellement impressionnant qu’on avait du mal à le réaliser. A en croire les sources proches du dossier, les armes et matériels de guerre montrés au public ne seraient que la partie visible de l’iceberg.

C’est tout naturellement que cette opération d’exposition des armes devant servir à la réalisation du coup d’Etat a suscité de nombreuses interrogations auprès des journalistes présents. A la question de savoir pourquoi la perquisition a-t-elle été effectuée de nuit, le procureur de la République répond ; « Je comprends ceux qui critiquent le fait que les gendarmes chargés d’auditionner les présumés coupables soient intervenus de nuit au domicile du député, mais comprenez que dans le code pénal il y a des dispositions qui précisent qu’en cas d’atteinte à la sûreté de l’Etat, les forces de sécurité peuvent intervenir à tout moment » a expliqué M. Bakaï qui assuré que les conditions de détention des présumés coupables étaient bonnes. « Nous avons pris des dispositions pour que leurs conditions de détentions soient les plus humaines possible ». Cette déclaration du Procureur n’apporte pas les réponses aux nombreuses autres questions que se pose la presse et qui sont au moins de quatre sortes.

La première série de questions concerne les conditions de réalisation des perquisitions. Pourquoi les journalistes n’étaient pas invités à couvrir la découverte des arsenaux au domicile même de Kpatcha Gnassingbé ?  Les prévenus étaient-ils présents au moment de la perquisition ? Les prévenus ont-ils reconnu la présence de ses armes à leurs domiciles ?

La deuxième série de questions constitue plutôt des interrogations. En effet, tout le monde se demande quand et comment Kpatcha Gnassingbé a-t-il pu constituer un stock aussi important d’armes et de matériels de guerre sans alerter les services de sécurité de notre pays ?

Si Kpatcha Gnassingbé avait réellement l’intention de perpétrer un coup d’Etat, aurait-il pu commettre l’indélicatesse de stocker à son domicile, des armes et des véhicules de combat connaissant le fonctionnement des services de renseignement dans le pays pour avoir dirigé le portefeuille de la défense pendant plusieurs mois? Et puis, question de profane, si les armes et matériels de guerre présentés jeudi dernier suffisaient pour venir à bout du Régiment Spéciale de la Garde Présidentielle et tous les autres régiments et camps avoisinants surarmés du Togo, bref la force de feux des FAT, il y aurait matière à s’interroger sur la sécurité du Président.

La troisième série de questions concerne l’organisation même du coup. Selon le Chef de l’Etat, son élimination physique faisait partie du plan des prévenus et que cette élimination physique devait intervenir au moment de son départ pour la Chine. Or, l’attaque du domicile de Kpatcha Gnassingbé a eu lieu à une heure où le Chef de l’Etat devait être déjà parti. Kpatcha se trouvait tranquillement chez lui. L’un des prévenus se trouvait dans un bar en charmante compagnie lorsqu’il a été appelé au Camp, un autre, Cdt Djibérékou quant à lui avait  fini sa prière et se trouvait dans son salon tandis qu’un autre officier revenait très soul des festivités des Pâques, pagne noué à la taille avant de recevoir la décente musclée. Si ces personnes avaient prévu un coup, seraient-elles aussi disponibles à l’heure même où devait avoir lieu le coup ?

L’aspect le plus surprenant de cette affaire concerne la position des personnes arrêtées. En effet, tous les spécialistes en stratégie militaire que nous avons interrogés au Togo et à l’étranger sont formels pour reconnaître que, dans un pays comme le Togo, un coup d’Etat contre le Président de la République, une personnalité surprotégée, ne peut réussir sans l’implication d’une unité d’élites et donc, d’au moins un membre du commandement militaire c’est-à-dire un Chef corps, quelqu’un qui a des troupes qu’il commande. Or, aucun Chef de corps ne figurerait parmi les officiers arrêtés et la plupart des officiers ne disposaient même pas d’un simple garde du corps. Où se réunissent-ils pour s’entrainer avant le jour J sans que les services de renseignement du pays ne soient au courant ?

La quatrième série de questions concerne le mobile du « crime ». A supposer que Kpatcha Gnassingbé veuille réellement renverser son frère par un coup d’Etat, comment contrôlerait-il l’armée puisqu’aucun Chef Corps ou Commandant de garnison ne s’y est mêlé ?  Ce coup d’Etat serait d’ailleurs dans quel but ? S’autoproclamer Président à la place de son frère ? Si oui, pour faire quelle politique ? Une politique plus moderne et plus progressiste que celle de son frère ou une politique du retour en arrière ?

Notre rédaction n’a nullement la prétention de vouloir et encore moins, de pouvoir apporter des réponses à ces questions. L’instruction et surtout le procès, lorsqu’il aura lieu, nous apporteront certainement tous les éléments de réponse.

Ainsi que nous l’écrivions dans l’une de nos éditions de la semaine dernière, la politique n’est pas un jeu d’enfant. Dire que Kpatcha Gnassingbé n’a pas envie de voir son frère quitter le fauteuil présidentiel, serait hasardeux vu l’humiliation que l’homme subie après avoir fait l’autre « roi ». Depuis deux ans, tout concourt à exacerber les tensions et les divisions entre les deux frères. Kpatcha s’en est lui-même ouvert à des médias étrangers.

Vouloir renverser, autrement que par la voie des élections, un pouvoir en place, qu’il soit établi démocratiquement ou par la force, est un acte qui s’appelle atteinte à la sûreté de l’Etat, même si le pouvoir en place est lui-même issu d’une atteinte à la sûreté de l’Etat. Sous Eyadéma, aux temps forts de la Dictature, entre 1967 et 1980, le Togo avait vécu pendant treize ans sans Constitution. Eyadéma était, à lui seul, la constitution du Togo. Malgré cette situation d’exception, toute tentative, réelle ou imaginaire, de reversement d’Eyadéma était considérée comme une atteinte à la sûreté de l’Etat. On ne compte plus le nombre de fois que Gilchrist Olympio a été condamné à mort pour atteinte à la sûreté de l’Etat.

C’est dire qu’en matière de coup d’Etat, quand on réussit, on devient un héros et quand on échoue, on devient un criminel. C’est la triste réalité des rapports de forces. Aujourd’hui, Kpatcha se trouve d’un côté où il est perçu comme le grand criminel qui voulait estomper le paradis que vit le peuple togolais depuis la prise du pouvoir par Faure Gnassingbé.

S’agissant des armes et matériel de guerre qu’on aurait trouvés au domicile de l’honorable Député, il serait hasardeux de conclure trop vite à du montage. Ce que l’on sait avec certitude, de sources proches du prévenu et confirmé par des sources militaires, c’est que, du temps d’Eyadéma, le « Vieux » aurait confié à la garde de Kpatcha, des stocks importants d’armes et de matériels de guerre provenant de divers circuits, Sierra Leone et Liberia, notamment et d’autres échantillons proposés par les commerçants d’armes qui viennent proposer leurs produits au Ministère de la Défense.

L’aéroport international de Niamtougou aurait beaucoup servi au ravitaillement de nombreux fronts de guerre en Afrique. Il arrivait souvent que certaines armes et matériels soient offerts en nature au « Vieux » qui en confiaient la garde à Kpatcha, confiait  un proche parent de Kpatcha à un correspondant international basé à Lomé.

Lorsqu’il était ministre de la Défense, Kpatcha avait la haute main sur les commandes d’armes. « Lorsqu’il rendait aux foires commerciales ou lors des négociations avec les fournisseurs, il recevait régulièrement en cadeaux ou en échantillons, d’importants lots de matériels de guerre » ajoutait-il. Ce que l’on sait aussi, c’est que Kpatcha qui était tout puissant, ne reversait jamais ce matériel sur le compte des Forces Armées Togolaises (FAT) « puisque ce sont des échantillons et quand il était remplacé à la tête de la Défense, il n’a jamais eu de passation de service entre lui et notre grand frère,  le Président de la République qui s’est attribué ce portefeuille, si ce n’est la passation des dossiers »  conclut-il.

Il aurait ainsi, fini par se constituer à titre personnel, à Lomé et dans la Kozah, d’importants stocks d’armes et de matériel de guerre dont le volume et la diversité sont  exploités contre lui maintenant  alors qu’en réalité, presque tous les fils et filles d’Eyadéma possède des armes chez eux.

Tout a été fait pour dépouiller Kpatcha Gnassingbé des rentes qui faisaient sa puissance financière. Sur le plan militaire, ses détracteurs dans l’entourage du Chef de l’Etat pensent que « sa puissance serait restée intacte en raison des importants stocks d’armes et de matériel de guerre qu’il a su constituer au fil des temps ».

 De là à penser que cette affaire de tentative de coup d’Etat en préparation ne serait qu’un montage destiné à la dépouiller de sa puissance militaire pour le rendre totalement inoffensif, et l’enterrer politiquement, il n’y a qu’un pas que certains analystes n’hésitent pas à franchir.

Dans cette relation conflictuelle entre les deux frères, chacun a utilisé les armes dont il disposait. De ce point de vue, il serait tout simplement illusoire, voire naïf de condamner « le gagnant » car cette condamnation ne changera rien de la logique défendu par son camp. Les analystes sont cependant unanimes pour reconnaître que l’arrestation de Kpatcha Gnassingbé ne constitue nullement l’épilogue d’un feuilleton qui nous réserve encore de surprenants épisodes.

Dimas DZIKODO (Forum de la Semaine n°448 du 20 Avril 2009)

Affaire Kpatcha Gnassingbé :

« L’AVOCAT GENERAL » FAURE GNASSINGBE A REQUIS L’APPLICATION DE LA PEINE MAXIMALE CONTRE SES FRERES ET LEURS SUPPOSES COMPLICES

 

Muet comme une carpe depuis l’attaque du domicile de son demi-frère Kpatcha Gnassingbé et l’arrestation de ce dernier pour tentative de déstabilisation des institutions de la République, le Chef de l’Etat togolais Faure Gnassingbé est enfin sorti de son silence vendredi dernier en s’adressant à la nation via un message radio télédiffusé.

Cette adresse à la nation aura été marquée par trois temps forts : le bilan du quinquennat, la confirmation de la tentative de coup d’Etat perpétré par des proches parents du Président de la République et enfin, l’appel au soutien des Togolais.

S’agissant du bilan, le Chef de l’Etat a lui-même reconnu que l’heure du bilan n’a pas sonné. Mais, il ne pouvait s’empêcher d’énumérer ce qu’il considère comme étant les acquis démocratiques à mettre à l’actif de son quinquennat. Tout y est passé : de la signature de l’Accord Politique Global (APG), symbolisant la restauration du dialogue démocratique à « l’élection, sur une base consensuelle, d’une Assemblée Nationale après des élections libres et transparentes ayant permis la réintégration du Togo dans la démocratie pluraliste » en passant par le recrutement de plusieurs milliers de nouveaux fonctionnaires et la gratuité de l’école primaire. Pour Faure Gnassingbé, le Togo dispose désormais d’institutions légitimes reconnues par la communauté internationale.

Si l’intervention du Chef de l’Etat était attendue par les Togolais, ce n’était certainement pas sur le thème du bilan du quinquennat. D’ailleurs, le Président ne s’y est pas trompé en déclarant que « le temps n’est pas venu de faire un bilan ». En effet, les deux seules avancées palpables qui ont marqué aux yeux des Togolais, une toute rupture avec la régime Eyadéma, ce sont l’entrée au Gouvernement RPT, de personnalités issues de l’Opposition démocratique et une relative décrispation de la vie politique nationale.

Depuis une semaine, les Togolais ont eu la nette impression que  cette relative détente de la vie politique nationale est en train d’être battue en brèche par les derniers épisodes du feuilleton des querelles internes opposant Faure Gnassingbé à son demi-frère Kpatcha Gnassingbé. La peur a recommencé à s’installer dans le pays. Les moyens déployés pour l’attaque du domicile de l’honorable Député Kpatcha étaient, selon des témoins semblables à ceux qui avaient servi à l’attaque de la Primature le 3 Décembre 1991. On peut comprendre que les vieilles peurs aient pu facilement refaire surface.

En raison des déchirures et des divisions familiales et communautaires engendrées par l’arrestation et l’inculpation de deux demi frères (Kpatcha et Essolizam Gnassingbé) et d’un cousin direct (Capitaine Gnassingbé, fils de feu Col Toyi Gnassingbé qui a trouvé la mort dans l’attaque de la Primature le 3 Décembre 1991) du Président de la République, tout le monde attendait de connaître non seulement, la version et les explications officielles du premier Magistrat du pays, mais aussi, la position de celui qui est devenu, de fait, le chef du clan Gnassingbé, dont il faut rappeler qu’il compte près d’une centaine d’enfants de l’ancien Général président Eyadéma. Les Togolais avaient besoin d’être rassurés.

Des explications, le Président en a données. Selon ses déclarations, « les nostalgiques du retour en arrière qui imaginent revenir sur les acquis démocratiques ne doivent pas prospérer » avant de révéler : « … ils ont fomenté une tentative de coup d’état qui devait se dérouler durant le cours de la mission que je devais effectuer en Chine. Ils projetaient de prendre le pouvoir par la force et d’éliminer les autorités légitimes élues ». Confirmant la fracture consommée au sein de la famille Gnassingbé, il a déclaré : « Vous pouvez imaginer combien la révélation de cette action m’a touché. Profondément attaché aux vertus familiales, je n’avais jamais imaginé qu’une telle fracture pouvait s’ouvrir ».

Tous les observateurs auront remarqué que, tout au long de son message, pas une seule fois, le Président n’a prononcé les noms de ses frères Kpatcha et Essolizam arrêtés et inculpés dans cette affaire. Cette distance verbale vis-à-vis de ses frères ne manquera pas d’être interprétée comme l’expression de la haine profonde et de la rancune tenace qui ont fini par s’installer entre les frères ennemis de la famille Gnassingbé.

Mais, ce qui aura le plus choqué dans le discours de Faure Gnassingbé, c’est ce manque de hauteur de sa part vis-à-vis des événements. A la fois victime présumée et premier magistrat du pays, le Chef de l’Etat a plus parlé en victime qu’en premier magistrat, garant des lois de la République et de la sécurité de chaque Togolais. Tous les Togolais ont noté que, même le Procureur de la République  a insisté sur la présomption d’innocence dont doivent bénéficier les accusés tant que l’instruction et le procès n’ont pas définitivement et irréversiblement établi la culpabilité des prévenus.

« La tentative de coup d’Etat est non seulement un crime contre la Constitution et les lois de la République mais aussi un outrage fait au peuple togolais qui entend jouir dans le calme des libertés publiques et du développement économique », a déclaré Faure Gnassingbé pour justifier .toutes les mesures qu’il dit avoir prises afin que « la justice s’exerce avec fermeté et sérénité à l’égard des auteurs de ces actes criminels et de leurs complices ».

Faure Gnassingbé aurait certainement été applaudi par les Togolais s’il avait fait la même déclaration le 5 Février 2005 lorsqu’un quarteron de généraux l’avaient porté au pouvoir, en violation flagrante de la Constitution. S’il avait fait la même déclaration, il aurait épargné la vie à une bonne partie des quatre cents ou cinq cents Togolais qui avaient perdu la vie en 2005 pour avoir tout simplement réclamé l’application de la Constitution. Il est curieux qu’à l’époque, Faure n’ait pas été aussi haineux envers son frère Kpatcha qu’il l’est aujourd’hui. En 2005, Kpatcha avait été présenté comme le principal meneur des répressions militaires contre les Togolais qui manifestaient contre le coup d’Etat et les fraudes électorales organisées à grande échelle en faveur de Faure Gnassingbé. Qu’en était-il alors de la force de la loi ? A qui profitait la loi de la force ? Kpatcha est-il au pouvoir aujourd’hui pour jouir des fruits de cette répression ? A qui profite alors le crime ?

En affirmant, sans aucune précaution d’usage, « j’ai pris toutes les mesures pour que la justice s’exerce avec fermeté et sérénité à l’égard des auteurs de ces actes criminels et de leurs complices», le Chef de l’Etat viole l’indépendance de la Justice, bafoue le principe de la présomption d’innocence qui est l’un des fondements du droit et lie les mains au magistrat en charge de l’instruction. A ce titre, le communiqué du Bureau de l’Assemblée Nationale lu la veille par l’honorable Député Klassou et la déclaration du Procureur de la République qui insistait sur la présomption d’innocence auraient pu inspirer le Chef de l’Etat. Tout, dans ce communiqué était au conditionnel, par respect sans doute du principe de la présomption d’innocence.

D’autre part, en déclarant que «d’ores et déjà, les dimensions du projet criminel apparaissent dans toute leur ampleur. Un important arsenal a été découvert lors des perquisitions », le Chef de l’Etat s’est mis à la place des Juges qui instruisent le dossier et les poussent à l’instruire uniquement à charge car ces derniers n’ont plus les mains libres pour vouloir l’étudier à décharge, ayant peur de déplaire au magistrat suprême qui se veut être le Chef de l’Etat. Et au vu de tous ces aspects, il n’est pas hasardeux d’avancer que par son discours du vendredi dernier, le Chef de l’Etat fait pression sur le Justice et la pousse à regarder dans une seule direction, celle du « projet criminel qui lui est apparu dans toute son ampleur !»

Le plus grave et le plus préoccupant dans la déclaration de Faure Gnassingbé, est qu’en déclarant qu’il a pris « pris toutes les mesures pour que la justice s’exerce avec fermeté et sérénité à l’égard des auteurs de ces actes criminels et de leurs complices», le Chef de l’Etat s’est lier volontairement les mains pour l’exercice de tout pouvoir de grâce car comment gracier des « criminels » contre qui on a requis la fermeté de la Justice autrement dit la peine maximale ? Or l’esprit du législateur en prévoyant le pouvoir de grâce au Magistrat suprême, c’est d’éviter à ce dernier les sentiments d’afflictions et de douleur liés à la perte d’un proche parent, d’un être cher ou d’un collaborateur, perte due à l’application d’une peine maximale à cause d’une infraction établie. Mais suite à ce discours, le Chef de l’Etat appelle pratiquement à la réclusion criminelle à perpétuité contre ses frères et leurs fameux complices dans ce supposée atteinte à la sûreté de l’Etat.

 

 Le plus curieux dans out ceci aura été son appel au soutien des Togolais. Dès le lendemain de sa déclaration, le rouleau compresseur du RPT s’est mis en route. La saison des communiqués, marches et motions de condamnation de Kpatcha Gnassingbé et de soutien à Faure Gnassingbé inaugurée par le Secrétaire Général du parti n’annonce-t-elle pas le retour en arrière et la résurgence des habitudes de la maison auxquels le Chef de l’Etat se dit fermement opposé ?

On sait comment les choses se passent. Dès cette semaine, les Préfets vont mettre en branle, les réseaux de Chefs traditionnels pour l’organisation à travers tout le pays, des marches de soutien en faveur de Faure Gnassingbé et des déclarations de condamnation de Kpatcha. Nul n’ignore les dérapages inhérents à ses passions organisées et les frustrations qu’elles engendrent.

L’appel de Faure Gnassingbé sonne fort comme une façon de livrer à la vindicte populaire des prévenus alors qu’aucune instruction, ni procès n’a établi leur culpabilité. Est-ce là, la meilleure manière de régler une crise aussi grave ? Y compris au RPT, beaucoup doutent de l’efficacité de la méthode et de l’utilité du discours belliqueux prononcé vendredi dernier par le Président.

Faure Gnassingbé aurait pu tout simplement se borner à reformuler les déclarations du Procureur Général, à féliciter les forces de sécurité, à remercier les pays amis pour services rendus, à appeler les Togolais au calme et à la sérénité et à inciter la Justice à poursuivre ses investigations, sans passion, sans céder aux pressions d’où qu’elles viendraient et à observer le strict respect du Droit, afin que toute la lumière soit faite sur les contours de cette affaire.

Cette option en faveur de l’apaisement aurait permis au président de gagner du temps et surtout, de ne pas exacerber les passions, ressentiments, les frustrations et les humiliations. En s’adressant à la nation, Faure Gnassingbé voulait sans aucun doute, toucher le cœur et la conscience des Togolais en adoptant un ton pathétique empreint d’émotion, Il n’est pas du tout sûr que cet objectif ait été atteint. Bien au contraire. Quand on est sûr de soi, on fait appel au soutien du droit et non des populations. Le moins qu’on puisse dire, est que pour le chef de l’Etat, le jugement a déjà lieu en Cour d’assises et pour cela, il s’est mue en Avocat général pour requérir l’application de la peine maximale. Il va falloir alors définir après, le lieu et la date de ce procès qualifié du siècle par les observateurs avisés.

Dimas DZIKODO 

 

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