13 JANVIER OU LA COMMEMORATION D’UN ASSASSINAT


 13 Janvier  1963, une date qui reste gravée dans la mémoire des togolais. 13 Janvier 1963 Un putsh venait d’être perpétré, le premier président démocratiquement élu du Togo Sylvanus Epiphanio Olympio était assassiné par Etienne Gnassingbé Eyadema tirailleur démobilisé dans la guerre d’Algérie qui accéda ainsi au pouvoir pour 38 ans.  sylvanus-olympio-bs                                                                             

     Depuis, le 13 janvier a été instauré par le régime en place comme jour férié, fête nationale Commémoration en grande pope en passant par des démonstrations de force et de puissance à travers des parades militaires sur toute l’étendue du territoire nationale tout est bon pour démontrer que Gnassingbé Eyadema – qui entre-temps s’était autoproclamé père de la nation – était bien le chef.  

     Tous les excès étaient déballés sans égard pour la famille de Sylvanus Olympio.  

     La version qu’on nous a longtemps servi à savoir qu’Etienne Gnassingbé s’était insurgé contre la dictature de Sylvanus Olympio et a donc « libéré » le peuple togolais en perpétrant un coup d’Etat historique était destiné à émouvoir et à endormir le peuple.  

     Aujourd’hui la lumière mérite d’être apportée sur cet assassinat et un retour sur les événements s’impose.  

     RECIT DES FAITS 

     Le 27 Avril 1960 : le Togo accéda à l’indépendance. Cette ancienne colonie allemande, sous mandat français depuis quatre décennies est un pays très ouvert vers l’extérieur. Ses habitants ont obtenu que soit organisé en 1958 sous supervision des Nations Unies, un scrutin incontestable largement remporté par l’Union nationale Togolaise. Le Chef de ce parti Sylvanus Olympio est un cadre international de très haut niveau. A cinquante ans c’était un militant chevronné de l’émancipation africaine.  

     Le 13 Janvier 1963 : Trois ans seulement passé au pouvoir Sylvanus Olympio était assassiné par le jeune Etienne Gnassingbé, vingt sept ans ancien travailleur démobilisé de l’armée française rapatriée un an plus tard d’Algérie avec 700 autres compagnons que le président refusait d’intégrer dans l’armée nationale.  

     Devant le refus d’incorporer ce dernier au sein de l’armée, Eyadema organisa avec ses congénères supplétifs le putsh. Cependant Olympio menaçait également les intérêts français. Dans un Togo ayant récemment acquis l’indépendance le président réclamait que la société minière qui exploite le phosphate du Togo revoit le contrat avec la France dans un sens plus favorable pour le Togo. Il réclamait aussi l’indépendance du système monétaire togolais. Qui plus est, après un appel d’offre, la nouvelle monnaie togolaise devait être fabriquée par l’Angleterre. Un crime de lès Majesté pour la France qui devrait être entériné le 15 janvier 1963 par la rupture des accords entre la Banque de France et son homologue togolais. Deux jours avant la date fatidique Sylvanus Olympio était assassiné. Ainsi le Togo connaîtra son samedi noir dans la nuit du 12 au 13 Janvier 1963.  eyadema

     Il est près de minuit à Lomé. Au premier étage de sa villa proche de l’océan, gardée seulement par deux policiers, le président dort en toute quiétude. Toute la journée il a travaillé au projet de charte de l’Organisation de l’Unité Africaine (OUA) dont la rédaction lui a été confiée.  

     Dîna sa femme est réveillée. Elle a entendu des bruits bizarres devant l’entrée de la villa. Une altercation monte. Soudain des coups de feu montent. Réveillé à son tour, Sylvanus Olympio se lève. Il allume la lumière et regarde vers la rue : des tirs viennent depuis la cour de la villa. Vite il éteint, lui et sa femme se mettent à plat ventre. Quand la fusillade cesse, au bout d’une dizaine de minutes, le président enfile un short kaki, un shirt et des sandales. Il demande à son épouse de l’attendre et descend au rez de chaussée, il cherche à sortir par la salle à manger mais la porte est bloquée de l’extérieur ; il passe par une fenêtre, traverse le jardin et franchit le mur de la propriété voisine qui n’est autre que l’ambassade des Etats-Unis –le centre de la cour est un parking – Olympio se cache dans une vieille Buick garée là.  

     Pendant ce temps, la dizaine d’assaillants cherche à défoncer la porte principale de la villa. Ils y parviennent et vers une heure du matin six d’entre eux invertissent la maison. Ces hommes en tenue de combats repoussent contre un mur Dîna ses enfants et les domestiques et fouillent de fond en comble la maison, mitraillent les placards et s’acharnent sur la bibliothèque.  

     Dîna dépassée leur lance ironiquement « mon mari est il devenu une aiguille pour que vous le cherchiez dans les livres ». Les envahisseurs en furie la harcèlent de questions. Dîna Olympio ne peut répondre que la vérité : elle ne sait pas où est passé son mari. Etienne Gnassingbé chef du groupe décroche le téléphone « Allô ! Monsieur Mazoyer ? Nous sommes chez lui ! Il a disparu » Henri Mazoyer était l’ambassadeur de France à Lomé.  

     Au bout d’une demi-heure, les assaillants repartent avec de l’argent et des bijoux. Il était 1 heure 30 environ du matin – le téléphone sonne peu après au domicile privé de l’ambassadeur américain Léon Poullada- . C’est Henri Mazoyer, son homologue français. L’ambassadeur français lui annonce un putsh et signale à son confrère que le président Olympio se trouve sans doute dans l’enceinte de son ambassade.  

     Le chef du commando se lance à la poursuite de Sylvanus suivi de sa milice. Un autre ancien démobilisé d’Algérie, l’adjudant Emmanuel Bodjollé qui a également recruté une fine équipe depuis Kara pour Eyadema coordonne le putsh dans l’ombre. Il est basé à Lomé au camp militaire de Tokoin C’est d’ailleurs le point de ralliement des insurgés à 5 km de la villa présidentielle. Un second commando dirigé par le sergent Robert Adewi avait par ailleurs réussi à arrêter la quasi-totalité des ministres qui sont conduits au camp Tokoin.  

     Etienne Gnassingbé s’inquiète pendant ce temps il va faire bientôt jour et toujours de Sylvanus Olympio. Il craint que le coup d’Etat n’ait échoué et que le peuple n’accoure au secours du président. A court de munitions la milice se dirige vers la gendarmerie nationale commandée par un officier français, le commandant Georges Maitrier conseiller militaire du président de la jeune République Togolaise. On avertit le lieutenant de gendarmerie Bodjona de menaces qui pèsent sur le président Olympio.  

     De son côté l’ambassadeur américain s’inquiète, depuis le coupe de fil de son confrère français Mazoyer. Il quitte son domicile et va jusqu’à son ambassade à 3 km de là. Il arrive vers 5 heures et négocie longuement avec les assaillants pour qu’ils le laissent entrer. Sitôt franchi le portail, il emprunte une lampe-tempête du veilleur de nuit et inspecte la cour.  

     Vers le parking, il entend l’appel chuchoté d’Olympio. Il s’approche, le président togolais lui résume tout ce qu’il sait des événements. Léon Poullada veut l’abriter dans les bureaux de l’ambassade mais le personnel n’est pas encore arrivé et lui-même n’avait pas les clefs. Il abandonne le chef de l’Etat et retourne à son domicile. Chez lui, il appelle son collègue Henri Mazoyer, et lui raconte naïvement ce qu’il avait vu et entendu. L’ambassadeur français lui déconseille vivement d’accorder l’asile du président Olympio et de répondre « Ne bouger pas je m’en occupe ». 

     Déboussolés les assaillants reunent chez le sergent Robert Adewi étaient sur le point de tout laisser tomber quand un émissaire de l’ambassadeur français vient les informer de la cachette du président Olympio. Aussitôt les cerveaux de la mutinerie Eyadema, Bodjollé et Adewi prennent le chemin de l’ambassade des Etats-Unis. C’est un homme tout Sali, blotti sous le volant d’une Plymouth de l’ambassade qu’ils retrouvent. Ils lui ordonnent de descendre le président Olympio obtempéra. 

     Le 13 janvier 1963 au petit matin, le corps de Sylvanus Olympio gisait sur les marches de l’Ambassade des Etats-Unis criblé de trois balles d’arme automatique et mutile à la baillonnette. Il était 7 heures 15mn.  

     Chose étrange France Inter avait déjà annoncé dans son bulletin de 6heures 00 la mort du président togolais.

     Dans la même journée le sergent chef Etienne Gnassingbé Eyadema revendiquait le putsh sur Radio Lomé // « Sylvanus Olympio président dictateur du Togo est mort parce qu’il ne voulait pas avancer ». « Ni sur la route de l’Histoire ni sur le chemin de la démission où on le conduisait ce soir là avec un canon de fusil dans les côtes » avait il déclaré  

     Le sergent chef Etienne Gnassingbé Eyadema forgea donc son règne sur le meurtre originel du président démocratique élu par les Togolais. Il ne tarda pas à se faire une place dans le cœur de Charles De Gaulle et devenir le nouveau gouverneur à ‘peau noire’ du Togo.  

     Pendant 38 ans il fut maintenu au pouvoir contre cents et marée par ses « frères et amis » françafricains.  

     Un règne de dictature dont le flambeau fut passé en 2005 au fil héritier Faure Gnassingbé. Un héritage qu’il a très bien su perpétué. La célébration fastueuse du 13 janvier a tout simplement continué sous le nouveau régime tandis que d’autres se réunissent sobrement autour de la tombe de feu Sylvanus Olympio. Une commémoration qui divis encore les togolais- d’un côté le 13 janvier 1963 est synonyme de libération nationale de l’autre la réhabilitation de la mémoire du président Sylvanus s’impose.  

     Avec la pression de la communauté internationale qui réclamait un minimum de garantie pour engager le processus de reprise de la coopération avec notre pays, Faure Gnassingbé se retrouva dos au mur et dû se résoudre à ‘caser’ le défilé et autres festivités dans les camps militaires.  

     En 2007 on a assisté à une parade d’à peine quelques heures mais avec des millions dépensés derrière.

     46 ans après le putsh de Sylvanus Olympio il est grand temps que le Togo assume son histoire la vraie sans la tronquée ni la diriger dans un camp que ce soit.  

    lien:  www.akomatsrilola.blogvie.com                   

                                  

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